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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 17:57

article signalé par JMP

Mots clés : Entretiens, syrie, entretien,

Personnalité reconnue de l’opposition, emprisonné à plusieurs reprises, Michel Kilo constate que ni le pouvoir 
ni l’opposition 
ne parviennent 
à l’emporter. 
Il estime nécessaire un dialogue avec certains éléments 
du régime pour aller vers la démocratie.

Comment analysez-vous 
la situation en Syrie ?

Michel Kilo. Il faut d’abord souligner que nous sommes dans une crise qui peut encore durer des mois, voire des années.
Il faut l’accepter. Il y a au sein du peuple les forces nécessaires qui se sont adaptées à une crise qui va durer longtemps. Celle-ci est, d’une certaine manière, équilibrée. Le régime n’a pas les forces suffisantes pour empêcher les gens de descendre dans la rue. Mais les gens n’ont pas la force nécessaire pour faire tomber le régime. Nous en sommes là. L’avenir dépend de la manière dont cet équilibre va être modifié. Le régime espère que la population va arrêter le mouvement de protestation. Alors que la population espère que le régime va se diviser et que des forces vont émerger qui pourront trouver la solution. Nous sommes dans une situation très délicate.

 Il y a des forces en Syrie même, comme les comités locaux, 
et des forces à l’extérieur, comme le Conseil national syrien (CNS). Comment vous situez-vous ?

Michel Kilo. Je suis un homme indépendant, comme vous le savez. Je ne suis pas membre du CNS. Je suis un homme qui a travaillé dans le mouvement de la société civile, à l’origine de ce mouvement populaire qui occupe actuellement les rues. Maintenant il y a deux grandes organisations de l’opposition syrienne : le Comité national pour le changement démocratique en Syrie (CNCD) et le Conseil qui regroupe des forces de l’intérieur, comme la déclaration de Damas et beaucoup de représentants des tribus, des comités de jeunes. Mais aucun des deux n’est la force qui a créé le mouvement. Les intellectuels en ont été à l’origine. Ils ont pris maintenant une certaine distance tant avec le CNS qu’avec le Comité. Dans notre vision, nous sommes plus proches du Comité national. Et dans notre représentation du mouvement, plus proches du CNS.

La formation du CNS a donné un espoir aux Syriens qui ont l’impression qu’ils ont maintenant une représentation politique qui fait jeu égal avec le pouvoir. Mais le CNS a travaillé en se tournant vers l’extérieur et a négligé beaucoup la situation intérieure, c’est-à-dire le peuple qui lui a donné sa confiance. Le peuple a maintenant le sentiment qu’il est seul. Et certains demandent un nouveau pas vers une représentation qui unit l’opposition à l’intérieur et celle de l’extérieur. Il y a maintenant une vraie demande.

Vendredi soir, on a annoncé 
la signature d’un accord entre 
le Comité national pour 
le changement démocratique 
et le Conseil national syrien.

Michel Kilo. En fait, cet accord n’a pas été ratifié. Il y avait une grande résistance au sein du CNS contre cet accord, qui est maintenant de facto annulé. Il a été annoncé qu’en réalité, il ne s’agissait que d’une feuille de travail portant sur les visions d’avenir. Le CNS se considère comme le seul représentant de la population syrienne. Il n’a pas la volonté de 
ratifier un projet ou une déclaration commune avec quiconque en Syrie. 
Il refuse d’accepter l’existence d’autres forces d’opposition et 
rejette la formation d’un comité pour diriger le travail commun des différents groupes de l’opposition. C’est exactement ce que prévoyait le texte qui est maintenant dénoncé par le CNS, qui veut se considérer comme la seule formation de l’opposition syrienne. C’est de la folie.

 L’envoi d’observateurs de la Ligue arabe est-il une bonne chose ?

Michel Kilo. C’était une très bonne chose. Il fallait donner les chances nécessaires pour que le travail arabe réussisse. Mais le Qatar travaille pour les États-Unis. Et le CNS veut maintenant l’internationalisation du conflit. Ils ont demandé, dimanche, pour la première fois, une intervention militaire avec la création de zones tampons sous protection aérienne et maritime.

 Certains ne souhaitent-ils pas 
un scénario à la libyenne ?

Michel Kilo. Certains ont effectivement cette idée. Mais la Syrie est complètement différente de la Libye. En Syrie, 25 à 35 % de la population sont issus des minorités, ont fait de la politique, alors qu’en Libye, il n’y avait qu’un homme, Muammar Kadhafi. En Syrie, il y a une armée très forte et jusqu’à maintenant unie autour du pouvoir, et une population au sentiment national très développé. C’est dire que travailler à une intervention extérieure, c’est travailler à la destruction de la Syrie, qui conduirait à une guerre civile qui va durer des années avec des possibilités d’intervention de forces régionales et des partis, et des courants dans un camp comme dans l’autre. Cela aura des répercussions au Liban, en Palestine, en Jordanie et même en Turquie. Les Syriens, y compris ceux qui ont été emprisonnés, qui ont subi les tortures, sont contre toute intervention militaire, car ils savent ce que ça signifie.

 Que proposez-vous ?

Michel Kilo. Il y a dix ans, déjà, nous avions proposé une phase de transition. Qu’il y ait une rencontre avec le pouvoir pour parler de la situation dans le pays, fixer les thèmes essentiels qui doivent être traités et trouver les moyens de résoudre ensemble les problèmes, et créer un régime transitoire qui nous amène dans quelques années à un régime démocratique. Dans son dernier document politique, le Conseil national syrien a parlé d’une solution négociée et d’une phase transitoire. Ils ont renoncé au slogan « Faire tomber le régime ».

 Mais le régime est-il enclin 
à discuter ?

Michel Kilo. Pas du tout. Mais si, face à vous, vous avez un régime uni et si vous avez envie de le diviser, il faut lui parler de manière à encourager certains individus au sein du régime à dire : « C’est une solution acceptable qui va conserver nos intérêts et sauvegarder le pays. » Il est temps maintenant de dire que s’il y a des éléments du régime prêts à discuter et à accepter une phase transitoire permettant d’aller vers la démocratie – ce qui signifie une dislocation du régime despotique –, nous sommes disponibles. Il y a des gens au sein du régime qui disent qu’il faut penser maintenant à d’autres solutions que la répression.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey

Par Réveil Communiste - Publié dans : impérialisme - Communauté : Parti Communiste Français
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