Partager l'article ! L'antisémitisme, nain politique, redoutable piège symbolique: Texte légèrement remanié par rapport à la version publiée sur RC en septembr ...
Texte légèrement remanié par rapport à la version publiée sur RC en septembre 2011 sous le titre "réflexions sur l'antisémitisme actuel (2011)".
Réflexions générées sans doute par la lecture de la brochure stimulante de Badiou et Hazan « l’antisémitisme partout », Paris 2011, éditions La Fabrique. Réactualisées par les dérives antisémites diverses concernant des altermondialistes, anti-impérialistes ou même des communistes, signalées par Danielle Bleitrach sur son blog :ici
I
1) Il est juste de rappeler, avant d'aborder la question de l'antisémitisme actuel pour déterminer sa fonction politique et pour évaluer son degré de nocivité, que les juifs ont été opprimés longtemps, en tant qu’individus et en tant que nation, et ont subi un génocide entre 1941 et 1945 des mains des nazis et de l’armée allemande qui a tué un tiers de leur peuple, soit environ six millions de personnes sans distinction de classe, de sexe, ni d'âge. Le but des nazis en cas de victoire était l'extermination de tous les juifs dans le monde.
2) Précisément depuis 1945 la situation des juifs a changé. Le peuple juif n’est plus un peuple opprimé, bien que le traumatisme de l’extermination persiste chez les survivants, leurs descendants, et se renouvelle dans les nouvelles générations juives par la victimisation secondaire opérée par leur éducation.
3) Depuis plus de 60 ans l’oppression séculaire des juifs a disparu. Cette émancipation réelle observable dans le monde est principalement due aux sacrifices et à la victoire écrasante de l’Armée Rouge, de Stalingrad à Berlin, entre 1942 et 1945. C’est elle qui a anéanti l’hitlérisme, son armée et ses idées. On comptait d’ailleurs dans ses rangs des centaines de milliers de combattants juifs.
II
4) Mais la majorité des juifs d’aujourd’hui pense peut être que sa sécurité acquise de peuple dispersé dans le monde est due à l’action d’Israël qui la protège à distance. Il faut espérer que ce n’est pas le cas, car la continuité d’un État juif en Palestine, même nanti de l’arme nucléaire, n’est pas du tout garantie à long terme. Il suffit de regarder une carte : il semble un ghetto minuscule, à l’échelle de la planète, et on imagine mal comment il pourra survivre longtemps s’il reste comme un corps étranger implanté par la volonté de l’Occident au Moyen Orient.
5) Israël n’a pas de légitimité comme représentant du peuple juif. Il est le résultat d’un projet porté par l’idéologie sioniste qui voulait réaliser un État national juif en Palestine, après émigration de tous les juifs dans ce pays dont leurs ancêtres culturels et peut-être biologiques, les Hébreux, avaient été chassés par l’Empire Romain aux premier et deuxième siècles de notre ère. Ce projet minoritaire de donner un territoire à une nation qui en était dépourvue, et qui était menacée par la montée du racisme antisémite n'était pas en soi condamnable, ce qui l'était, c'était d'en spolier un autre peuple pour atteindre ce but.
6) Car c'était aussi un projet colonial de spoliation des peuples indigènes, qui ressortait de la politique et de l’idéologie colonialiste occidentale des années 1860 à 1914 : le projet d’édifier un foyer national juif en Palestine fut élaboré dans le déni des droits des habitants arabes, les Palestiniens, soumis à ce moment là à la domination ottomane, puis britannique après 1918.
7) Le sionisme est resté minoritaire dans le peuple juif jusqu’à la fondation de l’État israélien en 1948, qui s’est faite au prix de l'exil forcé des Palestiniens, et a pu devenir dominant dans la diaspora à cause de l’anéantissement par le génocide nazi et l’exil du principal noyau démographique et culturel juif qui se trouvait dans la zone des juifs de langue yiddish, en Europe de l’Est, qui était resté indifférent ou hostile au sionisme, et dont une large fraction avait soutenu la révolution bolchevique.
8) Loin de fournir une quelconque protection au peuple juif, Israël a dressé contre lui tout le monde arabe, musulman, et le Tiers Monde en général. S’iI protège les juifs, c’est contre les ennemis qu’il leur a lui même créés. Face aux nazis, en fait de résistance, les précurseurs sionistes de l’État israélien s’étaient bornés à négocier en vain avec eux un transfert des juifs allemands en Palestine.
III
9) L’antisémitisme aujourd’hui n’a pas disparu mais il n’a plus sa bonne conscience et la valeur d’opinion dominante qui était la sienne avant la seconde guerre mondiale, où les médias des « démocraties libérales » et l’establishment américain (Ford, Disney, Joseph Kennedy, Hearst) étaient majoritairement antisémites.
10) L’antisémitisme est devenu aujourd’hui une pulsion morbide et clandestine ou une idéologie pour marginaux et non une force politique. Il ne peut être dangereux que dans des situations relevant de la délinquance et/ou du dérèglement mental, et très exceptionnellement (comme dans l’affaire du meurtre crapuleux d’Ilan Halimi).
11) Au-delà de ces cas pathologiques, de nombreuses accusations d’antisémitisme circulent dans les médias, parfois du registre de la malveillance pure (ainsi la campagne contre Jean Luc Godard). Elles sont intentées, qu’elles soient fondées sur la réalité ou non, pour discréditer les adversaires d’Israël, qui se recrutent en général dans le mouvement national palestinien et dans ses réseaux d’aide, marqués à l’extrême gauche.
12) Le mouvement sioniste et les forces politiques qui dominent en Israël s’en félicitent, car ils ont tout intérêt à faire croire à une recrudescence de l’antisémitisme, voire quant elle se manifeste vraiment à la stimuler par des provocations massives du genre de l’opération contre Gaza dite « plomb durci » en janvier 2009.
13) Ainsi ce courant nationaliste anti-arabe hérité de l’ère coloniale peut travailler à ressouder les liens entre Israël et la diaspora, à le transformer en soutien inconditionnel, renforcer l’émigration juive en Israël, et même à donner à l’impérialisme occidental une apparence de contenu humaniste antiraciste en exhibant les dérapages antisémites de la propagande adverse.
14) Les antisémites fascistes ou intégristes (y compris les intégristes musulmans) et parfois aussi gauchistes (le négationnisme des chambres à gaz est un produit d’extrême gauche à l’origine) ont intérêt à feindre un grand engagement pour la cause des Palestiniens, mais leur principal but est la réalisation pulsionnelle leur aliénation raciste. Ils sont les complices objectifs des précédents.
IV
15) Depuis une vingtaine d’année (précisément depuis la chute de l’URSS) on assiste à une réécriture de l’histoire comme un combat sommaire du bien démocratique libéral contre le mal « totalitaire », catégorie confusionniste où nazisme et communisme sont amalgamés en dépit de la réalité historique, et les juifs sont les otages de cette réécriture.
16) Dans ce détournement, Auschwitz et les camps d’extermination nazis sont présentés en dehors du contexte historique réel et de toute explication rationnelle, de manière mystique, comme une forme de « mal radical ». Ainsi la responsabilité écrasante dans l’instauration des régimes fascistes, endossée par les dirigeants politiques, militaires et économiques du capitalisme européen entre-deux-guerres et le rôle dans la dérive fasciste de la banalité idéologique anticommuniste de l’époque est cachée aux nouvelles générations, et la mémoire de la Shoah, boursouflée d’émotion surjouée par des hypocrites, est cyniquement récupérée pour servir à la diabolisation du « totalitarisme » donc du communisme amalgamé au nazisme. On en arrive à la dénaturation complète de la vérité historique, où la force politique communiste qui est celle qui a combattu le plus résolument le nazisme est calomniée et diabolisée. Pour Le Pen, Auschwitz n'était qu'un "détail" de l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, pour l'histoire scolaire en Occident, c'est devenu un détail de l'histoire du totalitarisme.
17) La Shoah a d’abord été récupérée par l’histoire nationale israélienne, ce qui se comprend aisément, mais au prix d’une distorsion de la réalité historique. Les victimes de la Shoah furent les juifs qui ne voulaient justement pas émigrer en Palestine, et à qui on a bien souvent refusé l’entrée aux États-Unis ou en France. Cette récupération sert à créer en Israël une mentalité de citadelle assiégée, et à produire les conditions psychologiques pour que les jeunes israéliens ne puissent refuser de participer à des guerres d’agression répétées, toujours lancées au nom de la sécurité du peuple juif.
18) la Shoah est utilisée sans scrupule maintenant pour le récit scolaire occidental de la fin de l’histoire, qui aboutirait au meilleur des mondes, démocratique et libéral. L’espoir secret des propagandistes du millénaire libéral étant que les ennemis du capitalisme seront assez bêtes pour se discréditer en tombant dans le piège grossier du négationnisme, comme l’ultra gauche « conseilliste » et « bordiguiste » y a donné tête baissée dès les années 1960, avec quelques autres, anarchistes, ou trotskistes. Bien entendu il s’en trouvera encore d’autres, et on leur fera la plus grande publicité possible. Chez les communistes il ne s’est guère trouvé que Garaudy, après son exclusion, pour se déshonorer de cette manière.
19) Toute dénégation ou minimisation de la Shoah sous prétexte de lutte anti-israélienne est odieuse et stupide. Toute exploitation qui en est faite pour justifier la politique israélienne l’est tout autant. Il n’y pas de continuité entre l’histoire de la Shoah et celle d’Israël. Israël n’est pas un dédommagement accordé aux juifs pour compenser la « solution finale ». Si c’était le cas, il aurait été créé dans un territoire allemand, en Prusse par exemple. Et en toute justice, les Palestiniens n’ont pas à payer pour des crimes européens.
V
20) Israël se prétend représentant de tous les juifs et « État juif ». La critique d’Israël dérape souvent en critique des juifs en général du fait de cette revendication exorbitante.
21) Des institutions pseudo représentatives (comme en France le CRIJF) font pression moralement sur les juifs de la diaspora pour les obliger à s’aligner sur le sionisme. Cela crée une confusion délibérée, qui rend difficile de limiter à la responsabilité des seuls Israéliens les actions d’Israël, et cela d’autant plus que la jeunesse juive apolitique française, toute aussi ignorante de l’histoire et manipulée par les médias que le reste de sa génération s’érige souvent en supporter bruyant des colons et de l’armée d’occupation. Cette confusion entre juifs et Israéliens est bien entendu voulue par les autorités israéliennes.
22) Le philosémitisme actuel en Occident n’est que l’antisémitisme bourgeois des années 1930, mais inversé. Selon Hazan et Badiou « un philosémite est un antisémite qui aime les juifs ». Ainsi, des journalistes d’un hebdo français autrefois prestigieux accusaient l’an dernier d’antisémitisme tous ceux qui critiquaient « les riches », puisque tout pro-sionistes qu’ils étaient, ils adhéraient au cliché antisémite selon lequel tous les juifs sont riches.
23) Et le philosémite s’il aime les juifs les préfère loin de chez lui, à condition qu’ils forment une colonie militaire en avant poste impérialiste au Moyen Orient, qui surveille la route du pétrole. La durée de vie maximale de l’amour pour l’État juif proche oriental, dans le cœur de l’Occident capitaliste, est donc celle des réserves du Golfe : un demi-siècle.
24) Israël peut survivre dans les prochaines générations s'il rompt avec le sionisme et trouve un accord juste avec les Palestiniens et ses voisins arabes qui impliquera son insertion dans la région et donc beaucoup de concessions (deux États souverains, partage de Jérusalem, droit au retour des Palestiniens, etc.). Le meilleur plan de paix cependant comporterait la refondation d’un état unique Palestinien pour les Arabes et les Juifs, avec les frontières du mandat palestinien, laïc et régit par le droit du sol.
25) Certains sionistes particulièrement naïfs, juifs ou non, croient au mythe antisémite de la toute puissance des juifs. Ils croient, et font croire, qu’Israël peut faire pression sur les États-Unis et les médias ne se privent pas de reproduire cette aberration. Les antisémites d’en face le croient aussi. La vérité est bien sûr tout le contraire : Israël est un satellite des États-Unis, et loin d’être le plus important. Le pouvoir du « lobby juif » américain est infiniment plus limité que celui du complexe militaro-industriel, que ceux des différentes églises protestantes, ou que celui des armes à feu. Dans l’alliance réactionnaire entre juifs sionistes de New York et fondamentalistes apocalyptiques du Middle West qui influence le Congrès des États-Unis, les maîtres du jeu sont ces « ploucs » dangereux qui pensent sérieusement que le retour des juifs en Palestine est un « signe » précurseur du retour du Christ.
26) Sur la question palestinienne, la solution démocratique qui doit prévaloir ne peut qu’être retardée par les manifestations d’antisémitisme. Ce qui empêche la majorité des juifs d’Israël ou de la diaspora de soutenir l’idée d’un accord de paix concret avec leurs adversaires arabes est la crainte pour la sécurité future du peuple juif et l’antisémitisme bruyant et odieux mais fondamentalement inoffensif de quelques marginaux montés en épingle ranime cette crainte, à la grande joie des partisans de la guerre éternelle au pouvoir en Israël.
27) Bien sûr nul ne peut dire avec certitude si dans l’avenir lointain les juifs ou n’importe quel autre peuple vivront toujours en sécurité, mais ce qui est certain c’est que cette sécurité ne viendra pas d’Israël. Israël et sa politique de fuite en avant représente le principal danger actuel pour le peuple juif.
VI
28) Il ne faut pas confondre avec les résidus de l’antisémitisme occidental la haine anti-judaïque qui s’est développée dans le monde arabe et musulman depuis 1948. Toute condamnable qu’elle soit, elle est plus du registre de la xénophobie de guerre qui se développe en pays vaincu et humilié dans son orgueil national que du racisme proprement dit. Elle est comparable à la haine anti allemande dans la France d’après 1870. Elle enveloppe tous les juifs parce qu’Israël prétend être « l’État juif ». Elle s’éteindra rapidement avec la disparition des conditions historiques qui l’ont créée.
29) L’antisémitisme agressif et meurtrier de la première moitié du vingtième siècle européen s’attaquait à des communautés juives qui demandaient avant tout le « droit à l’indifférence », soucieuses qu’elles étaient d’intégration dans leurs pays respectifs. Aujourd’hui le débat sur la supposée résurgence de l’antisémitisme se produit dans un contexte tout autre, d’exacerbation des pseudos-identités et du narcissisme communautariste, qui affecte aussi bien les juifs, que les autres groupes minoritaires des sociétés occidentales (LGTB, musulmans, noirs, etc.). Dans ce contexte dérapages verbaux et incidents racistes sont fréquents de part et d’autre. Mais ils sont de l’ordre de la posture, ils reflètent un pervers « vivre ensemble en ghetto » directement importé des États-Unis et n’impliquent aucun projet politique précis, si ce n'est le maintien du monde tel qu'il est. Les "différences" entre ces pseudo-communautés sont toutes absorbées dans l'identité du consommateur aliéné prêt à tout piétiner pour une paire de basquettes de marque.
30) L’antisémitisme résiduel en Occident est une forme de hooliganisme, ni plus ni moins. Comme toujours dans ce cas, il exprime le désir égaré du « rebelle sans cause » parfaitement impuissant qu’adore le cinéma capitaliste, désir de se faire remarquer en contredisant systématiquement le message moralisateur des institutions, quel qu’en soit le contenu, qu’il s’agisse de respecter le drapeau national, d’être poli avec les dames , de cesser de fumer ou de communier dans le devoir de mémoire.
31) L’antisémitisme au XXIème siècle est une survivance de peu d’importance politique réelle, mais c’est un piège symbolique efficace pour discréditer les causes anti-impérialistes. Pour le désamorcer il faut condamner résolument et sans phrases toutes ses manifestations réelles, et condamner l’indécente instrumentalisation des accusations d’antisémitisme. Ce qui implique de faire l’effort de se mettre à la place des intéressés, les juifs, les arabes, et les autres. Et de peser soigneusement ses termes en gardant à l'esprit la possibilité permanente de détournements malveillants. Il est affligeant de constater le nombre de militants d'extrême gauche, parfois très intelligents, qui sont incapables de cette forme élémentaire d’empathie.
Gilles Questiaux, membre du comité exécutif de la section du XXème arrondissement de Paris du PCF, 31 août 2011
A une époque où l'antisémitisme représentait un danger incommensurablement plus grave qu'aujourd'hui les communistes ne vacillaient pas.
Lu sur le blog maoiste Hapoel :
Staline, Réponse à une question télégraphique de l’Agence juive d’Amérique, 31 janvier 1931.
Gilles je pense que tu interprêtes mal mes préoccupations. Ce qui m'inquiète n'est pas l'antisémitisme ou alors comme toute forme de racisme qui ne se divise pas. Ce qui m'inquiète est le négationnisme d'abord. C'est à dire désormais une tendance massive sous diverses formes dans l'anti-impérialisme. Que l'on dénonce comme tu le fais l'instrumentalisation parrallèle de la shoah est juste mais ce qui me frappe c'est que le parti communiste israélien et son dirigeant ne craignent pas eux l'instrumentalisation, ils sont au contraire dénoncés pour être allé à Auschwitz. Non le négationnisme sous toute ses formes y compris à la bricmont qui feint de lutter contre "la censure" est un problème en soi qui loin d'être lié à la cause palestinienne l'utilise comme à son origine (Bardèche) pour légitimer le fascisme en tentant de le rendre présentable. Et il est de ce fait à mettre en relation avec les diverses stratégies du Front national, le père est avec Faurisson, la fille tente d'effacer en faisant ami-ami avec les juifs. un travail est en train d'être réalisé sur les juifs pueds-noirs sur le danger islamique. Ce qui se joue ne concerne ni la shoah, ni les juifs, ni les tsiganes mais bien plutôt les communistes, il s'agit (et c'est un tendance européenne) de réahabiliter le fascisme. Et c'est ça qui me fait dire que non seulement l'anti-impérialisme serait "déshonoré" par le négationnisme d'extrême-droite mais cela va bien au-delà, l'anti-impérialisme et la quasi totalité des sites véhiculent l'idée qu'il n'y aurait pas de danger fasciste que tout ça c'est des menteries des sionistes et des sociaux démocrates, voir des francs-maçons (j'y reviendrai) et de Rithschild lui-même, je n'invente rien, on trouve tout ça..
Parce que le deuxième aspect en relation avec le négationnisme et l'extrême-droite est le complot d'une secte toute puissante qui se substiturait à une analyse en terme de mode de production. le complot est le contraire du marxisme parce qu'il définit toujours une seule cause, un seul groupe à la complexité historique. Là aussi bien sûr le modèle est le juif mais pas seulement on trouve les jésuites, les francs maçons (ce qui permet de dénoncer les Lumières) et les chinois ne sont pas loin. je n'insiste pas là-dessus mais je suis atterrée par les âneries que l'on trouve de la part de pseudo spécialistes racontant n'importe quoi et qui véhiculent en fait les thèses de l'extrême-droite.
Donc l'antisémitisme tu le vois pour moi doit être replacé non seulement dans un contexte comme tu tentes de le faire mais dans une structure qui en modifie le sens, un peu selon la proposition de l'historien italien Guinzburg. Bref je suis atterrée et c'est ce qui me désespère par l'état dans lequel sont les communistes et la faicilité faute de formation avec laquelle ils véhiculent n'importe quoi, y compris le fait qu'il n'y a pas de danger fasciste puisque la droite est déjà fasciste.
Quelques mots qui ne prétendent pas épuiser le débat :
Internet "met à plat" la culture, supprime le filtre exercé par les universités et les télés, mais permet aussi aux obsessionnels et aux délirant de se glisser dans le débat. En ce sens des groupes marginaux peuvent faire parler d'eux en faisant du scandale, et quel scandale plus facile que le négationnisme?
Moi je vois le danger du négationnisme ici : il justifie des mesures de censure et de contrôle de la culture qui seront ensuite utilisées pour enfermer le communisme dans une sorte d'enfer des bibliothèques, ou de prison scripturaire (comme celle où les livres du monthéisme enferment les femmes dans un rôle subalterne).
On interdira de nier la Shoah, puis le génocide arménien, et de fil en aiguille le pseudo-génocide ukrainien ou le soi-disant antisémitisme de Staline. Bien entendu la vérité sortira quand même du puit, mais cela nous fera perdre du temps. Il ne faut pas oublier que depuis 20 ans les jeunes sont conditionnés par un programme d'histoire qui assimile sous le vocable de "totalitarisme" communisme et nazisme.
Par contre révisionnisme et négationnisme en l'absence de lois les interdisant stimulent la recherche et aboutissent au contraire de leur buts. Je ne signerai évidemment pas de pétition contre la loi Gayssot en mauvaise compagnie, mais elle n'empêche nullement le pullument des microfascisme du net, alors que la recherche scientifique avait déjà liquidé le faurissonisme au moment de sa promulgation.
Enfin je pense qu'il y a toujours eu une pseudo "gauche" fasciste antisémite, avec des personnalités comme Knut Hamsun ou Céline. Il y a toujours des passerelles. Doriot a certes été acheté, comme le dit Annie Lacroix-Riz mais il était déjà en vente.
Si le fascisme ne pouvait pas se poser comme une fausse révolution et même un faux socialisme, il ne serait pas dangereux. Mais le critère du fascisme pour moi c'est la présence de milices ou d'escadrons de la mort qui s'emparent de la rue. Les quelques guignols lyonnais qui acclament Ahmaninedjad et Fidel ne servent qu'à salir ce dernier et sont bien incapable de faire régner la terreur.
enfin il me semble, c'est le sens du texte de Staline ci-dessus , que les communistes sont les seuls adversaires de l'antisémitisme qui ne puisent pas leurs raisons dans la loi de leur cœur, capricieuse comme on sait, mais dans l'objectivité et la réalité du combat historique.
Il y a eu un certain nombre de fois où j'ai pu percevoir un processus que d'autres n'imaginaient même, je cite en vrac: les nouveaux rapports sud-sud sur fond de développement chinois, les problèmes de la dollarisation (voir les Etats-Unis de mal empire où tout cela a été écrit par moi alors que mes co-auteurs ne comprenaient même pas de quoi il était question), la crise systémique dès août 2007, l'intervention de l'OTAN en Libye, etc... c'est simplement parce que je construis un processus dialectique et surtout parce que j'ai une périodisation particulière qui s'appuie sur impérialisme stade suprême du capitalisme depuis la première guerre mondiale. Avec l'idée que le nazisme n'a jamais été éradiqué et que la meilleure preuve (comme le souligne Fidel Castro dans son dernier texte sur "la paix ne tient qu'à un fil") est le fait qu'au lieu de se débarrasser de l'arsenal nucléaire il y a eu Hiroshima. Donc ma problématique est différente de la question de l'antisémitisme telle que vous la posez... J'ai souvent l'impression que nous ne parlons pas des mêmes choses.
Bref vous sousestimez totalement la situation dans laquelle nous sommes et qui me fait poser la question du négationnisme et de l'irrationnel. mais je sais que je ne peux vous convaincre de ce que vous ne voyez pas, la démonstration est en rethorique la capacité à faire percevoir ce que celui qui vous écoute ne voit pas, bien peu sont doués de cette force de conviction et ce n'est pas mon cas. La seule chose que je souhaite est qu'on arrête de me parler des questions que je ne pose pas.
Danielle Bleitrach
Je ne vise pas très haut. J'essaye dans la mesure de mes modestes moyens d'avertir les camarades du piège dans lequel ils risquent de tomber, poussés par l'indignation devant la politique israélienne. Pour qu'ils ne se perdent pas dans la jungle des cannibales.
Sur le danger fasciste présent, je suis peut être aveuglé, et je n'ai en effet pas beaucoup réfléchi, mais j'aurais tendance à penser que ce qui menace est presque déjà là, c'est autre chose que le fascisme, presque aussi terrible, mais avec peu de violence directe : une sorte de maccarthysme politiquement correct systématisé. Une tyrannie le plus souvent "non létale" comme les armes qu'il développent, avec aussi une institutionalisation dans la périphérie de la guerre de la torture et du meurtre politique pour la bonne cause démocratique.
La seule violence de rue dans un contexte politique que j'ai vécue récemment (2005 2006) provenait de jeunes lumpen-prolétaires s'acharnant sur des lycéens petits-bourgeois d'extrême gauche. Elle avait une composante antisémite, antiféministe, homophobe, et aussi antifrançaise et raciste antiblanche que ça plaise ou non. Mais il n'y avait pas vraiment de mouvement organisé derrière même si les thèmes de l'islamisme y contribuaient.
je sais trés bien le travail que tu accomplis toi et certains camarades et je le respecte parce que c'est pratiquement le seul qui soit sur la crête entre le politiquement correct qui par exemple nous incite à attaquer l'iran et les fascistes qui dénaturent l'antis-impérialisme en faisant de l'Iran un phare. Ou les petits jeux autour du sionisme et de la palestine. Il n'empêche qu'il ne s'agit pas seulement d'antisémitisme mais bien de perspective politique et surtout du danger comme dirait badiou des "simulacres"... Comme tu historien, il serait sans doute plus aisé d'avoir un vrai débat sur la manière dont on peut lire la période, je crois je le répète que l'on a cri à chaque fois qu'une période était terminée alors que le crépuscule de l'impérialisme dure longtemps... Je viens de lire un texte de Poutine sur le caractère systémique trés grave de cette crise, certes il joue la carte de l'homme providentiel pour son élection, mais il dit une chose tout à fait exacte, sur le fait que les parades mises en place ne résoudront rien... Je pense toujours au texte de marx sur l'ébranlement forces productives rapport de production et comment peu à peu toute la superstructure s'abranle à son tour... "A un certain stade de leur développement, etc..; Alors s'ouvre une ére de révolution sociale. le changement qui s'est produit dans la base économique bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement l'énorme superstructure, et..." avec pour la première fois la capacité d'anéantissement... Et pour moi le négationnisme c'est la volonté de l'humanité d'ignorer cet anéantissement et donc d'ouvrir les vannes d'Auschwitz et d'Hiroshima d'une manière encore inconnue ... Donc je tente de développer la conscience mais je n'y arrive pas... c'est clair puisqu'on limite ça à l'antisémitisme.
L'antisémitisme est fort désagréable mais quand on ne risque rien cela incite simplement au mépris et de fait intellectuellement c'est assez confortable si on en tire un enseignement et le désir de comprendre l'imbécile que l'on a devant soi. J'ai toujours été frappé qu'en 1934 alors qu'hitler prend le pouvoir Freud écrit Moïse l'homme et le monothéisme c'est-à-dire que par ce livre il dénie aux juifs l'illusion d'avoir inventé le monothéisme. Il appartient pleinement à "son" peuple comme il dit mais est un mécréant qui veut les débarrasser de l'élection alors même que la vague antisémite déferle. C'est sa manière de regarder le nazisme, le malaise dans la civilisation... Je pourrais parler d'autres mais je crois que l'antisémitisme est quelque chose dont on peut tirer leçon, c'est ce que j'ai fait et je m'en débrouille assez bien, ce n'est pas mon problème, le vrai problème est le négationnisme, l'irrationnel, le triomphe de l'illusion dans une terrible crise. Y compris en Amérique latine dont j'espérais qu'ils ouvraient une perspective mais elle n'est pas à la hauteur, ils combattent, résistent, mais sont loin d'une issue...
je ne sais pas si je me fais comprendre...
L'anéantissement peut effectivement provenir d'une guerre occidentale lancée dans la croyance de maitriser le jeu et qui aboutisse à une escalade sans nom. Dans très peu d'années la courbe du PNB chinois va cisailler celle de l'Empire, comme l'Allemagne la Grande Bretagne peu avant 14. Mais la fonction des fascistes est plutôt de servir de polluer et de discréditer l'opposition à la guerre qui se profile à l'horizon que de fournir une vraie alternative de gestion de la crise. Et le rôle du négationisme est central dans ce discrédit .
Sur l'Amérique latine que je connais peu (un seul voyage, à Cuba en 2011), je crois que le problème c'est qu'une révolution ça doit partir d'en bas, ce qui n'est le cas nulle part sauf à Cuba et au Nicaragua. Même chose pour la Chine du "socialisme de marché" que je connais encore moins, certes.