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Jeudi 5 novembre 2009
Chute du Mur de Berlin
Il n'y a pas de quoi se réjouir !
Caroline ANDREANI
5 novembre 2005

Pour tous ceux qui ne réussissent pas à échapper au déferlement idéologique anti-communiste qui prévaut depuis quelques semaines à l’occasion des 20 ans de la « chute du Mur de Berlin », il faut rappeler que l’effondrement des régimes communistes en URSS et en Europe de l’Est a eu de multiples conséquences désastreuses, pour ces pays et pour le monde entier. Il faut être bien aveugle pour se réjouir de la fin de cette expérience à nulle autre pareille dans le monde : il n'est que voir où le capitalisme triomphant mène la planète !

Les communistes non repentis ont tout intérêt à faire un état des lieux des conséquences immédiates et à moyen terme de cet effondrement. Cela suffirait à réfréner bien des ardeurs, si la posture des pseudo journalistes et de la kyrielle des experts n’était pas avant tout idéologique. Certes, avec l'effondrement des pays de l'Est, les communistes ont perdu une bataille idéologique. Mais la situation que vous vivons actuellement est la preuve que le capitalisme est système mortifère qu'il faut détruire.

*-l’effondrement des régimes d'Europe de l'Est et de l'URSS a permis au capitalisme de bénéficier une bouée d’oxygène, grâce au pillage de ces pays.* Ne nous y trompons pas : même si ils ont dénoncé l’arriération économique qui prévalait selon eux dans ces pays, les capitalistes ont fait main basse sur les matières premières, les terres agricoles, les entreprises industrielles, les cadres et techniciens, les chercheurs, les ouvriers, etc. Tout ce qui pouvait l’être a été démantelé, racheté à bas coût, spolié… Il y avait donc, contrairement à ce que l’on nous dit, des richesses dans ces pays.

A n’en pas douter, sans l'effondrement de l'URSS et des pays d'Europe de l'Est, la crise du système capitaliste que nous connaissons aujourd’hui aurait certainement eu lieu 15 ans plus tôt.

*-la première d’Irak (1990-1991) a éclaté dans ce contexte*, alors que Bush père ne connaissait plus aucune entrave à sa politique belliciste. Il s’agissait pour les États-Unis triomphants d’instaurer une nouvelle ère politique et militaire, basée sur la peur d’une intervention militaire unilatérale des États-Unis et de leurs alliés.

Au niveau international, l’équilibre entre les grandes puissances disparu, de nombreux conflits ont éclaté pour le plus grand malheur des peuples. La mondialisation, dans toutes ses dimensions d'exploitation sans frein, de guerre à outrance, d'écrasement des expériences progressistes à travers le monde, de régression sociale en Europe occidentale, est la conséquence directe de cet effondrement.

*-le dépeçage de la Yougoslavie, la guerre de Bosnie, la guerre du Kosovo sont également la conséquence de l’effondrement de l’URSS*. Cette agression impérialiste en plusieurs temps (reconnaissance de l’« indépendance » de la Slovénie et de Croatie unilatéralement par l’Allemagne en décembre 1991, puis guerre de Bosnie (à partir de 1992), puis agression de l’OTAN contre le Kosovo de 1999), visant à démanteler un État souverain, à le réduire à quelques entités régionales basées sur une conception étroitement ethnique, avait pour but d’ouvrir la Yougoslavie au capitalisme et de démontrer à la Russie qu’elle n’était plus qu’une puissance de 2e rang incapable d'empêcher la communauté internationale de déclencher une guerre à ses portes contre un de ses alliés.

*-sans parler du délitement social des pays de l’Est et de la Russie. *

--Première conséquence, *l’émergence et le renforcement de mafias extrêmement puissantes*, qui ont accompagné et tiré profit du passage d’une économie de type socialiste au capitalisme. Pour ne citer que les plus connues, la mafia russe et la mafia albanaise. Elles ont organisé les trafics en tous genres : trafics d’armes, trafics d’êtres humains (prostitution, trafics d’organes), trafic de drogues… et prospèrent toujours actuellement.

--Deuxième conséquence, *la mise en place d’un personnel politique corrompu, acquis à la nouvelle idéologie, et participant allègrement au dépeçage de leurs pays*. On peut citer au premier chef Eltsine, voyou alcoolique, qui reste un modèle de corruption. Le processus a été identique dans de nombreux autres pays, avec une attitude absolument écœurante du personnel politique du monde occidental, à la fois complice et profiteur de la situation.

--Troisième conséquence, pour les peuples : *le bouleversement de l'organisation sociale et la* *paupérisation extrême des plus précaires*. L'effondrement des pays de l'Est a eu pour conséquence un remodelage complet des sociétés de ces pays, qui s'est traduit par une régression énorme du niveau de vie général, par la perte dans les acquis sociaux généraux (travail pour tous, logement pratiquement gratuit, accès à la santé, à l'éducation, etc.), et par la précarisation extrême des plus fragiles. On peut citer le cas des retraités russes, obligés de mendier, de trouver de petits boulots pour survivre, et la situation est identique dans tous les pays d'Europe de l'Est.

On peut citer ces cadres russes et d’Europe de l’Est, prêts à n’importe quoi pour survivre, acceptant de se dévaloriser pour obtenir du travail. Mais aussi tous ces travailleurs migrants, qui bien que qualifiés, acceptent de travailler dans n’importe quelles conditions à l’ouest pour envoyer de l’argent à leurs familles.

On pourrait aussi citer les attaques frontales contre les droits de femmes : en Pologne, le droit à l’avortement a disparu. En Allemagne de l’Est, la disparition des crèches a pour conséquence directe la chute du taux de natalité, etc.

--Quatrième conséquence : *le retour des exclusions contre les peuples tsiganes et roms*. Si autant de tsiganes roumains, yougoslaves, tchèques, slovaques… viennent en France, c’est parce que ces peuples, protégés jusqu’à l’effondrement du Mur de Berlin, ont été chassés sans ménagement de leurs terres, des emplois qu’ils occupaient, des logements où ils vivaient, marginalisés, persécutés, et finalement contraints à l'exil.

--Cinquième conséquence : *l’ouverture de ces pays au capitalisme sans frein*. Depuis une quinzaine d’années, les entreprises d’Europe occidentale jouent à « saute-mouton » dans les divers pays d’Europe de l’Est et en Russie, créant une entreprise ici, la fermant dès que les salaires augmentent pour délocaliser ailleurs. Dans le même temps, les entreprises de l’agro-alimentaire font main basse sur les terres agricoles, les cheptels, etc.

Cette stratégie est mieux contenue en Russie depuis la restauration d’un régime fort qui a brisé les ailes de profiteurs locaux (mise en prison de certains oligarques, démantèlement d’empires industriels constitués par le pillage dans les années 90).

--Sixième conséquence : *le développement d’une idéologie anticommuniste viscérale*, *assimilant communisme et nazisme*. Cette idéologie se diffuse :

---dans les anciens pays de l’Est : par exemple, dans les Etats baltes, les nazis ont été réhabilités ainsi que les collaborateurs qui ont participé sous l'uniforme SS aux massacres et à l’extermination de leurs peuples, des Russes et des Juifs. Dans les manuels scolaires, on réécrit l’histoire en faisant de ces collaborateurs des héros ! Quant aux symboles de la libération, ils ont été détruits (monuments commémorant la victoire de l’Armée rouge en 1945) ou déplacés (comme le mémorial de Tallinn commémorant la victoire de l'Armée rouge sur le nazisme, déplacé sur décision du gouvernement estonien en 2007)

---au niveau de l’Union européenne, les parlementaires de droite et d’extrême droite mènent une offensive pour obtenir la criminalisation du communisme

---dans de nombreux pays occidentaux, on participe de manière moins crue à cette réécriture. Par exemple en France, les thèses de l’historien de droite Ernst Nolte, qui assimile communisme et nazisme, sont largement diffusées comme une évidence, notamment par le biais de l’enseignement de l’histoire dans le secondaire.

Dans tout cela, il faudrait également caser l’indemnisation des aristocraties chassées par les régimes communistes dans les années 40, la récupération des châteaux, propriétés de famille, œuvres d’art de ces aristocraties, et même l’indemnisation des anciens nazis de retour au bercail.

Décidément, nous avons beaucoup de choses à dire sur l’effondrement du Mur de Berlin !

La liste est longue : n'hésitez pas à la compléter.

Par Réveil Communiste - Publié dans : Connaître et défendre notre histoire - Communauté : A QUAND LA REVOLUTION ?
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Commentaires

Je n’arrive pas à trouver sur le Net, des articles que l’on voyait autrefois sur des journaux y compris comme Paris-Match, à la gloire des « résistants » qui sabotaient les installations de la RDA (pas militaires mais civiles) pour ensuite se sauver en RFA avec un pactole de dizaines de milliers de US$. Somme extraordinaires pour l’époque. Dans les pays occidentaux, on les adulait dans la presse pour souligner leurs hauts faits. Où peut-on trouver ces informations qui mériteraient d’être connues aujourd’hui pour bien comprendre l’effondrement de la RDA accusée de tous les sabotages et de tous les crimes face à une « honnête » RFA, bien sous tous rapports puisque contrôlée par la CIA etc…

Commentaire n°1 posté par Michel Gourmel le 08/11/2009 à 12h30
.....

Je suis slovaque, 35 ans, aujourd'hui j'habite à Vienne et j'ai vécu la période communiste moi! Ma mère harcelée par la police car elle était prof d'anglais donc supecte. Un oncle déporté dans les camps de travail en Russie pour avoir voulu conserver son activité de menuisier au lieu d'aller dans une usine d'armement. Des voisins et amis opposés aux régimes qui ont disparu pour l'avoir trop ouverte...
Oui les années 90 ont été dures, très dures même en Slovaquie, mais aujourd'hui au moins on commence à avoir une vie confortable, on ne baisse plus la tête devant la police, on n'a pas peur d'afficher ses désaccords avec le gouvernement, on a le choix de vivre la vie qu'on veut sans être empêché et menacé par la police politique.
Vous êtes lamentables, le mur c'était pour empêcher les gens de fuir la misère pour s'installer à l'Ouest, à côté de Bratislava beaucoup sont morts noyés en traversant le Danube pour rejoindre l'Autriche. On n'a jamais eut de dissidents de l'Ouest risquant leur vie pour rejoindre le "paradis de l'Ouest"...

Vous êtes aveugles!!!! Vous ne connaissez rien de ce qu'on à vécut et vous vous présentez comme les défenseurs de la vérité... Venez voir nos belles villes défigurés le blocs de l'époque communiste, le 2/3 du centre ville de Bratislava rasés non pas par la guerre mais par les communistes qui voulaient en faire une ville modèle. Résultat des blocs ternes qui bloquent le paysage et ou plus personne ne veut vivre...

Venez chez nous nous dire que c'était mieux avant, qu'on règle ça face à face!... vous me faites vomir, c'est comme si je vous disais que c'était bien l'occupation allemande chez vous, au moins il y avait la sécurité, l'ordre...débile, stupide, fou!!!
Commentaire n°2 posté par Pavel le 09/11/2009 à 09h09
Merci Pavel, cela fait du bien de lire le commentaire de quelqu'un qui a vraiment vécu là-bas, plutôt que les élucubrations des quelques-uns qui rêvent encore leur communisme !

Ma meilleure amie est est-allemande, et a vécue jusqu'à l'âge de 14 ans en RDA. Elle n'en garde pas un bon souvenir, et s'estime très heureuse d'avoir pu profiter de la chute du Mur de son vivant. Elle me raconte souvent comment s'était avant, puis après. Elle a découvert un autre monde que son éducation d'alors, ainsi que le contrôle strict des médias, lui avaient caché. En aucun cas, ni elle, ni sa famille, ni ses amis, ne pensent une seconde retourner en arrière.

Pourquoi alors y a-t-il encore des gens pour regretter cette époque ?

Contrairement à ce que raconte l'article, le nombre de conflits - bien que toujours trop nombreux - à diminuer fortement avec la fin de la guerre froide qui attisaient les envies belliqueuses dans tous les coins du globes.

Les tsiganes peuvent venir en France parce qu'avant ils étaient également persécutés, mais ne pouvaient s'échapper du bloc de l'Est.

Les droits sociaux étaient certes très "présents", mais servaient surtout à leurrer un peuple privés de ses libertés les plus élémentaires (droit d'expression, droit de circuler librement...)

Quant au niveau de vie qui aurait baissé, il faut vraiment croire que l'auteur de l'article n'a jamais mis ses pieds en Europe de l'Est ou URSS de sa vie, pour affirmer un truc aussi faux ! Je connais beaucoup de gens d'Europe de l'Est que j'ai pu rencontrer au cours de mes voyages, et ils me disent combien ils sont heureux depuis la fin de la Guerre Froide, et combien leurs conditions de vie se sont améliorées, même si cela a été - et est toujours - difficile. Vu ce qu'ils ont connus, ils sont clairement plus en faveur du capitalisme "sans frein" que dans le reste de l'Europe où on ne comprend pas vraiment.


La fin du communisme a avant tout été une aspiration du peuple qui aspirait à une vie meilleure que sous le joug des tyrannies qui s'étaient mises en place au nom du communisme. Comment peut-on se prétendre en faveur du peuple, et renier ainsi cet incroyable mouvement populaire qu'a été la Chute du Mur de Berlin ?
Commentaire n°3 posté par julito le 09/11/2009 à 09h36
Pavel,

Merci pour ces infos mais tu n'es pas obligé de fréquenter ce site : comme tu le dis, nous sommes en démocratie et tu as le droit de ne pas lire des textes issus des communistes !
Commentaire n°4 posté par Eric RUIZ le 09/11/2009 à 09h36
Point de vue
Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme
LE MONDE | 07.11.09 | 15h21  •  Mis à jour le 07.11.09 | 15h24

ingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre, célébrer cet événement devrait nous donner à réfléchir.

C'est un lieu commun que d'insister sur ce que ces événements ont eu de "miraculeux". Un rêve est devenu réalité, il s'est passé quelque chose qu'on n'aurait même pas envisagé quelques mois auparavant : des élections libres, la fin des régimes communistes qui se sont effondrés comme un château de cartes.

Qui en Pologne aurait pu imaginer Lech Walesa président de la République ? Mais à ce miracle s'en ajoute un plus grand encore, advenu quelques années plus tard : le retour au pouvoir des ex-communistes par la vertu du scrutin démocratique, la marginalisation du même Lech Walesa, désormais beaucoup moins populaire que le général Jaruzelski dont le coup d'Etat avait écrasé Solidarnosc quinze ans plus tôt.

L'explication classique de ce deuxième renversement renvoie aux espérances "infantiles" d'un peuple qui se faisait une image peu réaliste du capitalisme : il voulait le beurre et l'argent du beurre, il voulait la liberté du marché et de la démocratie, la prospérité sans les inconvénients de la "société du risque", sans renoncer à la sécurité et à la stabilité que garantissaient (plus ou moins) les régimes communistes. Comme certains Occidentaux l'ont fait remarquer sarcastiquement, le noble combat pour la liberté et la justice a viré à l'orgie de bananes et de pornographie. Au lendemain de la victoire, le peuple a déchanté : il lui a fallu se plier aux règles de la réalité nouvelle et payer le prix de la liberté politique et économique.

Après l'inévitable déception, trois réactions se sont fait jour (tantôt contradictoires, tantôt complémentaires) : la nostalgie du "bon vieux temps" communiste ; le populisme nationaliste de droite ; la paranoïa anticommuniste à retardement. Les deux premières sont faciles à comprendre. La nostalgie ne mérite pas qu'on la prenne trop au sérieux : loin d'exprimer un désir sincère de retour à la grisaille socialiste, il s'agit plutôt d'un travail de deuil, d'une façon d'enterrer le passé. Quant à l'essor du populisme, ce n'est pas une spécialité est-européenne, mais un trait commun à tous les pays pris dans le tourbillon de la mondialisation.

Plus intéressante est l'étrange résurgence de l'anticommunisme vingt ans après. Ce phénomène vient en réponse à la question : "Si le capitalisme vaut tellement mieux que le socialisme, pourquoi notre vie est-elle toujours aussi médiocre ?" Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas vraiment entrés dans le capitalisme, parce que les communistes sont encore au pouvoir, dissimulés sous le masque de propriétaires et de managers...

D'ailleurs, l'immense majorité des dissidents de l'Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Ils voulaient plus de solidarité et un semblant de justice, ils voulaient être libres de mener leur vie sans être sans cesse contrôlés par l'Etat, libres de se réunir et de parler ouvertement, ils voulaient une vie honnête et décente, débarrassée du bourrage de crâne, de l'hypocrisie et du cynisme. Comme plusieurs observateurs l'ont bien vu, les idéaux qui sous-tendaient leur révolte étaient largement inspirés de l'idéologie dominante : on aspirait à quelque chose comme "un socialisme à visage humain".

Mais la seule réponse à l'utopie socialiste est-elle le capitalisme réel ? La chute du Mur a-t-elle vraiment ouvert la voie à un capitalisme mature, rendant obsolète toute utopie ? Et s'il s'agissait là aussi d'une utopie ? Le 9 novembre 1989 annonçait les "joyeuses années 1990", le rêve de la "fin de l'histoire" chère à Fukuyama, la conviction que la démocratie libérale avait triomphé, que le but était atteint, que la communauté globale et libérale était au coin de la rue, que les obstacles résiduels à ce happy-ending hollywoodien n'étaient que contingents (quelques poches de résistance, là où les dirigeants n'avaient pas encore compris qu'ils avaient fait leur temps).

Le 11-Septembre est venu sonner la fin de l'ère Clinton : il inaugure une époque qui voit se dresser de nouveaux murs, entre Israël et la Cisjordanie, autour de l'Union européenne, à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, et à l'intérieur même des Etats. Comme si la thèse de Fukuyama avait dû mourir deux fois. En effet, l'effondrement de l'utopie politique de la démocratie libérale après le 11-Septembre n'a pas affecté l'autre utopie, économique celle-là, portée par le capitalisme mondialisé. Si la crise financière de 2008 a un sens historique, c'est qu'elle renverse le pan économique des rêveries "fukuyamesques".

Le libéralisme se voulait une anti-utopie, le néolibéralisme tournait le dos aux idéologies responsables de l'horreur totalitaire du XXe siècle. Mais on comprend aujourd'hui que la période utopique par excellence aura été les années 1990, dans leur croyance que l'humanité avait enfin trouvé la formule socio-économique optimale. Or l'expérience des dernières décennies montre clairement que le marché n'est pas un mécanisme inoffensif qui agit au mieux quand on le laisse faire. Pour créer les conditions de son fonctionnement, une grande violence préalable est requise. Face aux ravages qu'ils ont eux-mêmes provoqués, les fondamentalistes du marché retrouvent les réflexes typiques de la mentalité totalitaire : ils imputent leur échec aux compromis passés par ceux qui ont traduit leurs visions en politique (trop d'intervention étatique, etc.), et exigent une application plus radicale encore de la doctrine du marché.

Aujourd'hui, où en sommes-nous ? Evoquons ici le destin de Victor Kravchenko (1905-1966), ce diplomate soviétique qui, en 1944, profita d'un voyage à New York pour faire défection. Sous le titre J'ai choisi la liberté, il publiera ses Mémoires, premier témoignage direct des horreurs du stalinisme, incluant un rapport détaillé sur la famine due aux collectivisations forcées en Ukraine, auxquelles il avait lui-même participé au début des années 1930, alors qu'il était encore un fidèle du système.

Sa biographie officielle s'achève en 1949, date à laquelle il gagne haut la main le procès intenté par ses accusateurs prosoviétiques de Paris, qui avaient appelé son épouse à témoigner de sa corruption, de son alcoolisme et de ses violences conjugales. Ce qu'on sait moins, c'est qu'aussitôt après sa victoire, alors qu'il est ovationné comme un héros de la guerre froide, Kravchenko est préoccupé par le maccarthysme. Pour lui, cet anticommunisme acharné risque de tomber mimétiquement dans les travers de ses adversaires. Il prend également conscience de l'injustice qui règne à l'Ouest et se met en tête d'élaborer une réforme radicale des sociétés démocratiques occidentales.

Suite à un deuxième volume (moins médiatisé) de ses Mémoires, publié sous le titre éloquent J'ai choisi la justice, le voilà qui se lance dans une croisade pour un nouveau mode de production, avec moins d'exploitation. Il se retrouve ainsi en Bolivie, où il va investir (et perdre) toute sa fortune dans l'organisation de collectivités de paysans pauvres. Abattu par ce fiasco, il se retire de la vie publique et finit par se suicider à New York.

Aujourd'hui, de nouveaux Kravchenko se font entendre un peu partout dans le monde, des Etats-Unis à l'Inde, à la Chine

Commentaire n°5 posté par JMP le 09/11/2009 à 10h48

Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme.

Slavoj ZIZEK

Vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre, célébrer cet événement devrait nous donner à réfléchir.

Il manque un bout... et le nom de l'auteur !

Réponse de Réveil Communiste le 13/11/2009 à 00h01
Et Pavel n'est pas obligé de ne pas fréquenter ce site. Il doit pouvoir lire des textes issus des communistes, et ne pas être d'accord avec eux !

À moins que les auteurs de ce blog ne décident par leur charte de fermer ce blog à ceux qui ne sont pas d'accord avec eux et faire leur propagande en cercle fermée. Après tout, libre à eux...
Commentaire n°6 posté par julito le 09/11/2009 à 10h50
Nous ne censurons pas les points de vue divergents. La preuve.
Par contre nous supprimons les commentaires injurieux et diffamatoires, donc merci de rester dans les limites de la discussion cordiale.

Réveil Communiste
Commentaire n°7 posté par Réveil Communiste le 09/11/2009 à 10h57
Je n'avais pas l'impression d'être diffamatoire ou insultant ! Je disais simplement à Pavel que si ce qu'on disait ne lui plaisait pas, nous ne l'obligions pas à fréquenter le site. je ne vais pas sur des sites UMP pour dire que ce qu'ils disent me fait vomir alors pourquoi accepter le contraire ?
Commentaire n°8 posté par Eric RUIZ le 09/11/2009 à 14h08
Eric, du calme, je ne m'adressais pas à toi !
Commentaire n°9 posté par Réveil Communiste le 09/11/2009 à 14h42
ce message était adressé à Julito qui avait l'air de craindre la terrible censure des terribles communistes :)
Commentaire n°10 posté par Réveil communiste le 09/11/2009 à 14h43
Rassure-toi, je ne suis point zénervé ! J'étais juste surpris.

Fraternellement.
Commentaire n°11 posté par Eric RUIZ le 09/11/2009 à 15h24
les témoignages anticommunistes ci-dessus ne prouvent qu'une chose : dans tout bouleversement historique il y a des individus qui en profitent. Il n'en reste pas moins que pour la majorité des peuples de l'Est la fin du socialisme signifie misère, précarité, corruption, violence, prostitution, racisme etc. J'ai voyagé en Tchécoslovaquie en 1988, et si les gens désiraient ardamment se débarassser de leur gouvernement (ceux que j'ai rencontré, des membre de l'intelligentsia), ils ne parlaient pas du tout de revenir au capitalisme.
Commentaire n°12 posté par GQ le 09/11/2009 à 20h07
Je lis sur l'Ernesto (en italien) que la revue médicale britannique The Lancet estime la surmortalité en ex-URSS à la suite des réformes libérales d'Eltsine à 1 million, de 1991 à 1995.

www.lernesto.it
Commentaire n°13 posté par GQ le 09/11/2009 à 20h14
C'est bizarre, la surmortalité de Staline est d'au moins 17 millions de personnes (50 pour Mao). De plus la garantie de sortir vivant du Goulag était quasi-inexistante.

Au Cambodge, ceux qui portaient des lunettes étaient exécutés sur le champ. C'est beau le communisme.
Commentaire n°14 posté par toto le 09/11/2009 à 23h10
C'était tellement bien le bloc soviétique qu'ils ont construit un mur pour empêcher les gens de se barrer. C'est que ça devait valoir le coup de rester.
Commentaire n°15 posté par Donald Duck le 10/11/2009 à 00h56
Ce que vous n'avez pas compris, c'est que la misère n'était pas visible avant la chute du mur parce que le gouvernement controllait l'information. Mais la crise était là avant, pendant le socialisme. Après quand ces pays se sont ouverts au marché mondial, on a pu compter les morts. Mais ils morts à cause du communisme. C'est un système qui ne peut pas marcher car il ne crée pas de valeure ajoutée, ils ont vécu sur ce qu'ils avaient puis quand il n'y avait plus rien, le système a craqué. 
Commentaire n°16 posté par Donald le 10/11/2009 à 01h03
dis donc, y'a beaucoup d'anticommunistes qui viennent nous rendre visite sur Réveil, en proportion à la soi-disant disparition des communistes!
Vous avez pas l'impresion de perdre votre temps? voyons! chai pas moi, allez voir Robert Hue au colloque organisé par la "Fondation pour l'innovation politique" (tout un programme!) et intitulé "Sortir du communisme, changer d'époque", y'aura plein de personnalité charmantes , telles que Stéphane Courtois, "historien" proche de l'extrême-droite, ou encore Alain-Gérard Slama, Jacques Julliard...
Vous trouverez sûrement ce colloque formidable,  et j'espère que vous nous ferez un beau compte-rendu!
allez, bonne nuit hein!
Commentaire n°17 posté par Réveil communiste le 10/11/2009 à 01h28
Quand un anticommunisme de pacotille perd son temps à poster, c'est que nous ne devons pas aller si mal.

Je répond au canard "C'est un système qui ne peut pas marcher car il ne crée pas de valeure ajoutée, ils ont vécu sur ce qu'ils avaient puis quand il n'y avait plus rien, le système a craqué."
Si coin-coin parle des pays de l'Est, la ruine est très largement fausse au niveau économique, tant au niveau des ressources (songeons aux réserves naturelles énormes de la Russie, encore aujourd'hui) qu'au niveau industriel, secteur pas tant démantelé que ça, encore aujourd'hui et il suffit de songer à tout ce que l'URSS a produit de technologie (le bip bip, cher coin-coin)

Le problème des pays de l'Est ne fut pas tant économique que politique et administratif, semble-t-il. La médiocrité confortable des dirigeants et bureaucrates, la non-démocratie de fait dans les prises de décision ne serait-ce qu'au niveau micro et macro-économique est apparue au fil du temps tellement criante que tu ne fais pas boire un âne qui n'a pas soif. Le peuple s'est mis en retrait. En haut on a laissé filer, et sans doute même sciemment pour pouvoir accomplir une restauration capitaliste propice à se faire du fric entre potes.

Et ces pays se sont écroulés sans effusion de sang, ce qui est aussi une différence fondamentale avec les régimes fascistes soutenus résolument, en tout temps et en tous lieux, par le capitalisme et presque aussi souvent par les démocraties bourgeoises.

L'ennemi du communisme et de son parti hier comme aujourd'hui est son démon intérieur et organisationnel : comment accomplir la démocratie pleine et entière, comment mettre en place les garde-fous à toute privatisation du pouvoir par délégation, d'abord consentie puis trop souvent subie, dans tous les aspects de la société (économiques et sociaux) ?
Commentaire n°18 posté par Jean-Michel Pascal le 10/11/2009 à 07h03
Dites les cocos, pourquoi ne demandez-vous pas l'asile politique en Corée du Nord ou à Cuba ?
Commentaire n°19 posté par toto le 10/11/2009 à 07h41
Toto et Donald doivent avoir une activité professionnelle très fatigante ! Ils sont capables d'écrire tout au long de la nuit avant d'aller bosser ?

En termes d'asiles politiques, Toto pourra demander l'asile au Soudan, en Iraq, en Guinée, en Haïti et dans plein d'autres charmants pays capitalistes du monde si un jour les communistes français arrivaient aux affaires.

Et nous ferons remarquer à Donald que ses connaissances historiques touchent un peu le zéro absolu : les fameux pays de l'est auraient eu bien du mal à vivre de leurs acquis après guerre vu qu'ils étaient ruinés par la guerre justement, à la différence des Etats-Unis ! L'URSS a vu une grande partie de ses terres les plus riches et le plus industrialisées occupées et détruites par la Wehrmacht ; 20 millions de ces citoyens en sont morts (mais ça, c'est la faute des méchants cocos pas des gentils allemands, certainement !). Je ne parle pas non plus de la RDA, de la Pologne, ... Quant à la Chine, elle n'avait pas d'industrie en 45.

Donald devrait retourner dans le merveilleux pays de Disney pour marcher au pas de l'oie du marché ; s'il n'avait pas séché ses cours d'histoire au collège, il dirait peut-être moins d'âneries, le canard.
Commentaire n°20 posté par Eric RUIZ le 10/11/2009 à 07h55
Pavel nous écrit à propos de Slovaquie
"on ne baisse plus la tête devant la police, on n'a pas peur d'afficher ses désaccords avec le gouvernement, on a le choix de vivre la vie qu'on veut sans être empêché et menacé par la police politique."

Voilà qui est réjouissant. C'est vraiment devenu un chouette pays. Pas comme en France, où on baisse la tête devant la police, on a peur d'afficher ses désaccords avec le gouvernement, on ne peut vivre la vie qu'on veut sans être menacé et en être empêché par la police politique.

Pas non plus comme en République tchèque, qui vient d'être forcée à signer le traité de Lisbonne comme jadis à accepter le pacte de Munich. 
Commentaire n°21 posté par Emmanuel Lyasse le 10/11/2009 à 09h14
Eric,

J'ai l'impression que tu te fais des illusions sur ce que sont les programmes de collège depuis que Jospin est passé par le ministère.

Pour éviter les âneries et les mensonges, la relecture euro-atlantiste de l'Histoire, précisément, il faut les sécher. 
Commentaire n°22 posté par Emmanuel Lyasse le 10/11/2009 à 09h16
Emmanuel,

J'ai eu mon bac en 89, ceci explique cela ! Le mur n'était pas encore tombé ! Lol
Commentaire n°23 posté par Eric RUIZ le 10/11/2009 à 09h33
Merci pour cet article, et tous vos commentaires:)
Je crois que l'histoire est assez claire sur tous les points mentionnés:
1- Le communisme a fait beaucoup de mort
2- La chute du mur a entrainé une longue traversée du désert pour les peuples de l'ex-URSS
3- Le capitalisme montre aujourd'hui ses limites

Beaucoup oublient le contexte de la chute du mur. Pour rappel, le secrétaire général de l'époque, M.Gorbachev était en train de libéraliser la russie. Il y avait en URSS une réelle volonté d'en finir avec le totalitarisme et tout ce qui va avec. En effet, le controle d'état tel qu'il était fait par le KGB ou la Stasi était clairement opprésseur pour les citoyens, mais la volonté de sortir d'un tel système était déjà affirmée.
Je crois qu'il y avait des gens qui se sentaient bien dans le système communiste de l'époque. Ce que le capitalisme n'offre pas par exemple, c'est une place pour tous dans la société. Pour les capitaliste, il y a par exemple un "taux de chomage" acceptable. Pour les communiste (idéalistes) le chomage ne devrait pas exister.
J'ai aussi constaté un amalgamme dans vos remarques: démocratie n'équivaut pas à capitalisme. D'autre part, communisme n'implique pas dictature. Arretez avec vos images préconçues: une démocratie communiste est tout à fait envisageable.
Alors oui, la chute du mur a permi à beaucoup de se libérer, c'est vrai. Cependant, la chute du mur a aussi laissé beaucoup d'autres sur le bord du chemin, alors que la libéralisation du régime était en route. alors oui, je suis d'accord avec vous, cette chute était clairement prématurée, et d'autres sénarios qui envisageaient la chute du mur a posteriori auraient pu faire beaucoup moins de dégats.
Pour finir, puisque certains prennent des exemples pour en faire des généralités, je connais une jeune demoiselle née en 1986, qui a quitté la russie en 92 pour l'allemagne, et qui aujourd'hui regrette bien des aspects du régime communiste.
Pour ma part, je pense qu'une démocratie communiste, ou l'entraide et la solidarité remplacerait l'individualisme et la cupidité serait un bienfait pour l'humanité, et pourrait etre une réponse à tous les conflits de ce bas monde (il y a plus de murs aujourd'hui dans le monde qu'en 1989.......)
Bien à vous tous. 
 
Commentaire n°24 posté par Niko le 10/11/2009 à 15h03
Je ne sais pas si les régimes des pays d'Europe de l'Est ou de l'URSS étaient la panacée. En tout cas, les millions d'hommes et de femmes y vivaient, au moment de la chute du Mur, n'ont pas voulu ou pas su défendre les acquis issus de la Révolution de 1917 et de l'après-guerre. Ils n'avaient pas eu à se battre pour obtenir ce que ces sociétés apportaient en terme de niveau de vie pour le plus grand nombre. Ils devaient penser que cet état de fait ne serait pas remis en cause par l'arrivée du capitalisme.
N'en déplaise à certains, le travail pour tous, les logements quasiment gratuits (ainsi que l'eau, l'électricité, le chauffage, etc.), l'éducation, la santé, la culture, etc. faisaient la différence entre ces régimes et le reste du monde. Ces pays étaient arrivés à un degré de développement social - appelons-le comme ça à défaut d'un autre terme plus adapté - qu'aucun pays capitaliste n'a jamais atteint et n'atteindra jamais.
Je ne suis pas persuadée que les millions de retraités russes qui sont obligés de compléter leurs retraites avec des petits boulots aient vu dans la chute du Mur une avancée sociale extraordinaire. Ou tous ces diplomés obligés d'accepter des emplois dévalorisants et dévalorisés pour pouvoir survivre. Ou ces jeunes contraints à combiner emploi et études. Et la liste est longue.
Il faut mesurer la part de l'idéologie dans l'effondrement du Mur. Contrairement à ce qu'écrivent nos deux joyeux anti-communistes, ces pays n'étaient pas hermétiquement fermés et la propagande occidentale a eu un impact énorme. Quand je revois certaines images aujourd'hui, j'ai l'impression que nous avions à faire à une répétition des différentes "révolutions oranges" qui se sont produites ensuite.
En tout cas, il y a quelque chose de rassurant à voir que l'anticommunisme est toujours aussi vigoureux. Nous faisons donc toujours peur. C'est tant mieux !


Commentaire n°25 posté par Caroline ANDREANI le 10/11/2009 à 17h28
Niko a tout a fait raison d'appeler de ses vœux une démocratie communiste, mais pourquoi n'y en a-t-il pas eu? parce que dans la démocratie de marché, les forces du capitalisme sont dans une position de force telle qu'elles sont capables d'influencer suffisament la population pour gagner presque toutes les élections. En cas contraire, elles organisent un coup d'État, un nettoyage des militants dangereux, et après on rétablit la démocratie, et on s'offre même le luxe de désavouer un peu ceux qui comme Pinochet ont montré un peu trop de sadisme dans la répression. Le IIIème Reich ce n'était déjà pas autre chose.
Commentaire n°26 posté par GQ le 11/11/2009 à 17h11

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