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Jeudi 20 août 2009

"Lire le capitalisme contemporain"

Quynh et Jean-Claude Delaunay, Paris , 2007, Le Temps des cerises


Effort théorique ( 600 pages) dont l’ambition est de comprendre le capitalisme de l’ère de la mondialisation. Etude d’économie et de sociologie du monde contemporain, en confrontation avec les théories dominantes des champs actuels de la connaissance, mais l’essentiel des données utilisées sont françaises.

L’ouvrage comporte quatre parties : une critique anthropologique de l’idéologie de la fin du travail, une tentative de qualification la société actuelle en mettant en regard les différentes théories courantes (société de l’immatériel, société informationnelle, etc.), une étude de la structure de classe contemporaine face aux remises en question de la lutte des classes par la sociologie universitaire-médiatique, et une recherche de l’espace pertinent de l’action qui conclut à la résistance de l’espace national, avec une critique de la mondialisation dans ses pratiques et ses résultats.

Il commence par un rappel historique de la création de la catégorie unificatrice du travail, à partir de ses antécédents préhistoriques et antiques, (références à Leroy Gourhan et à Jean Pierre Vernant).

Le point de vue choisi est celui du travail, concept unificateur scientifique pour comprendre le monde capitaliste et les formations sociales (nations) qu’il crée, mais aussi de la praxis politique et historique. Les auteurs s’opposent à la thèse sociologique de la fin du travail en assumant cette prise de parti.

Mais en face du travail il rehausse aussi la consommation populaire comme potentiellement émancipatrice. Pour eux, l’Ipod ne l’est pas et la machine à laver l’est. Les auteurs ne semblent pas s’intéresser ici aux idées de Michel Clouscard sur l’idéologie du désir post soixante-huitarde, pourtant pertinentes dans ce champ d’étude.

Ce travail est le travail salarié, il y a une classe salariée, incorporant l’ancienne classe ouvrière, et largement mêlée à elle (par la constitution des ménages notamment) mais majoritairement employée aujourd’hui dans les services. La poussée de l’emploi salarié dans le secteur des services impose sans doute une modification de la base de classe des organisations révolutionnaires. Pour les auteurs, les salariés sont exploités encore plus durement dans les services que dans l’industrie (exploitation d’études des centres d’appel).

Autre thème, indépendant des deux premiers, une réhabilitation du concept de nation et du cadre national, « parce qu’il n’y pas de gouvernance mondiale », ou qu’elle se réduit à une hégémonie de fait des États-Unis. Pour les Delaunay, il n’y a de nation que dans un système de nations (conséquence qui se déduit tout naturellement de leurs propos: l’antinationalisme des trotskystes n’est que soumissions à la nation principale). Le PCF a tort d'abandonner ce teraain populaire à la droite (1)

Analyse fine du rôle du PCF depuis 1960 et de ses échecs qui auraient provoqué en son sein un rejet global de la théorie, ce qui en a fait une organisation sans orientation claire à la remorque de la mode. La dernière conception d’ensemble ayant servi à fonder une stratégie ayant été le capitalisme monopoliste d’État due à Paul Boccara, base du programme commun de gouvernement dont l’échec se fait encore sentir.


Remarques :

Je ne suis pas scientifique, et donc les réserves qui suivent ne peuvent que montrer sans rien prouver l’écart entre les idées des Delaunay et la manière de voir à laquelle je suis arrivé petit à petit, essentiellement en lisant des articles sur la conjoncture économique et sociale sur les sites de contre-info, en particulier celui de D Bleitrach, et en approfondissant ma connaissance des classiques du marxisme (Marx, Lénine, Gramsci, Mao).

Point à discuter : quelle est la pertinence pour l’analyse du réel de la catégorie statistique usuelle fourre-tout des « services », ou secteur tertiaire de l’économie et de l’emploi, distingué du primaire (agriculture) et du secondaire (transformation).

Certains analystes distinguent un secteur « quaternaire », (direction, recherche, finances, conception, création), sorte de tertiaire supérieur regroupant les activités nobles, et proposent de l'intégrer aux statistiques internationales.

Je pense pour ma part qu’il faudrait pour mieux penser la réalité diviser le secteur des services en plusieurs agrégats : un nouveau classement qui distingurait :

- les services d’aide à la production (qui ne sont que de l’industrie externalisée par les entreprises),

- les services productifs anciens (transports, Commerce de gros) ou relativement nouveaux (marketing, recherche, communication) qui sont à mon avis très sous estimés dans la tradition marxistes quant à la création de la valeur d’usage,

- les services de pur déplacement de plus-value (tourisme, finances, etc.) où il s’agit de transferts entre détenteurs de la plus-value recyclée,

- les services d'aide à la consommation : services à la personne qui ont une longue histoire derrière eux (domesticité, mais aussi comme le soulignent les Delaunay, l'aide hypermoderne à la consommation finale, sans laquelle les produits nouveaux seraient invendables, et intégré maintenant dès la conception marketing des nouveaux produits)

- les services non marchands qui contribuent à augmenter la valeur de la force de travail (santé, éducation),

- les services régaliens de l’États qui rendent possible tout le système (police, armée, administration, etc).

Les services « en général » dans ces conditions, c’est un concept qui me paraît imprécis.


Le déplacement de la production et le caractère parasitaire croissants des économies riches est peut être sous évalué par les auteurs. L’industrie, en se déplaçant vers le sud, attire avec elle aussi les services induits, à la production comme à la consommation, et même la partie « noble » de décision pour n’y laisser finalement qu’une finance parasitaire et appuyée sur la force militaire en dernière instance.

Evaluation du rôle de l’impérialisme, concept sous-utilisé. Comme beaucoup d’économistes, les auteurs  n’intègrent pas la préparation et la conduite des guerres à leurs schémas de dévalorisation du capital, même s’ils sont conscients que la situation actuelle est grosse de risques. Ils n’accordent pas assez d’importance à mon avis à la consolidation d’une bourgeoisie nomade mondiale et mondialiste, anglophone mais pas exclusivement anglo-saxonne et qui ambitionne de structurer à l’avenir les futures nations Europe et Monde.

Les auteurs sont critiques de la construction européenne mais ne semblent pas partisans de sortir de l’Europe. La partie programmatique est un peu sommaire. Peu d’intérêt pour la Chine et la multipolarité, hostilité à l’altermondialisme qui devrait être plus documentée pour placer une praxis en ce sens. De même le peu de cas fait des idées de Bourdieu sur la domination. A mon sens critiques de l’exploitation et critique de la domination ne devraient pas s’exclure mais se cumuler.

Donc un ouvrage théorique d’actualité, qui balise de vastes champs du savoir et qui par sa bibliographie et les commentaires polémiques qu’il contient permet au lecteur communiste de faire mûrir sa réflexion.

note :


1:[Un élément] explicatif de la faiblesse actuelle du concept de nation dans la pensée communiste en France, nous paraît être situé dans l’idéologie du PCF (…)

 

En raison même de son combat national ancien, le PCF, bien que de référence marxiste léniniste, élabora en 1973 la perspective d’un « socialisme aux couleurs de la France ». (…)

 

Cette organisation, attribuant à son passé théorique et politique l’essentiel de ses échecs à mesure que le temps passait, aurait été, selon notre interprétation, paralysée. Soucieuse de ne pas reproduire les erreurs qu’elle avait commises, elle abandonna toute théorie, se fiant, pour élaborer ses mots d’ordres, à l’air du temps.  Elle s’est retrouvée peu apte à combattre la mondialisation capitaliste de manière rigoureuse et suivie.  Affaiblie, ne pouvant apporter d’analyse convaincante autre que gesticulatoire de l’Europe capitaliste et mondialisée telle qu’elle fut défendue et promue par la direction socialiste et mitterrandienne lors des années de rigueur, (achèvement du marché unique, accords de Maastricht et monnaie unique, centrage autour de l’hyperconcurrence, essai de mise en place avec Jacques Delors d’une Europe financière), elle a supporté le poids principal, au plan électoral du fardeau de l’échec de cette politique, pourtant largement imputable à la famille française et européenne de ses alliés politiques. Sous l’angle critique, elle s’est alors mise à la remorque des théoriciens de l’altermondialisme et de l’antilibéralisme. Elle se coupa des classes populaires dont elle rejeta comme nulles et non avenues les interrogations, peut-être confuses mais réelles, sur l’avenir du fait national où elles avaient trouvé leur place au prix de durs combats. Le champ idéologique de la nation fut alors progressivement abandonné par elle à la pensée politique de la droite, à la fois mondialiste et conservatrice de l’ordre social capitaliste ainsi qu’à l’extrême droite nationaliste.

 

Quynh et Jean Claude Delaunay, Lire le capitalisme contemporain, Paris, 2007, pages 533-535


GQ, 18 août 2009

 

lire également :

Une société de service et de classe : tribune libre de JC Delaunay dans l'Huma

et la présentation par l'éditeur :Lire le capitalisme contemporain : Q. et J.C. Delaunay

Par Réveil Communiste - Publié dans : Théorie immédiate - Communauté : Encyclopédie- Marxiste
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Commentaires

Au fait qu'en pensez vous? (lecture plus rédaction du commentaire = 20 heures de taf au mois d'août, chers copains).
Commentaire n°1 posté par gilles questiaux le 23/08/2009 à 00h15
Quel Hercule !

Compte tu faire passer ce temps de travail en heure supplémentaire ?

Allons-en discuter avec Jules-de-chez-smith-en-face.

Il faudra aussi penser à demander une augmentation à Mr Boulier.
Commentaire n°2 posté par Mouette rieuse le 24/08/2009 à 16h18
"le point de vue choisi est celui du travail.." voir la suite plus haut.
Commentaire n°3 posté par gilles questiaux le 24/08/2009 à 16h39
Merci, pas encore lu attentivement ton CR. Je le fais cette semaine.
Commentaire n°4 posté par JMP le 25/08/2009 à 08h53
Bon, 600 pages écrit assez gros, n'ayez pas peur.
Commentaire n°5 posté par gilles questiaux le 25/08/2009 à 23h38
Justement, Gilles, tu me le prêteras ?
A part ça... je ne saurais trop quoi dire sur ce bouquin que je n'ai pas lu, aussi ne puis-je rien dire sur ce que tu en rapportes (mais ton Cr éveille l'intérêt.)

Concernant tes remarques sur les services et ton esquisse de catégorisation fine, je vais rester prudemment dans les 22 mètres pour l'instant.
1) Il faut mesurer toutes ces activités humaines et parties prenantes du capitalisme (de plus en plus surtout dans les pays développés) à l'aune de critères solides et distincts : la richesse/valeur d'usage et celle d'échange.*
2) Marx fait, semble-t-il (je me réfère à un passage de Raymond Aron car je ne retrouve pas la rèf chez Marx dans le livre II), une exception pour les frais de transports dans la création de valeur : ils y contribuent.
3) Marx lui-même (auquel il faut aussi associer Engels car à lire leur correspondance c'est vraiment une pensée à deux), mais sans doute pas ses continuateurs, ont "senti" théoriquement la montée de l'immatériel - et son implication sur richesse et valeur -, du moins tel est l'hommage, dès la 2ème page, d'André Gorz dans son livre "L'immatériel - Connaissance, valeur et capital" que par un hasard des choses je viens, depuis hier, de me faire prêter.

* une petite note rigolote dans le livre de Raymond Aron "Le marxisme de Marx" que je conseille à tout communiste de lire car il est très pédagogique et même permet de ricaner aux rares fois où la partialité de Raymond Aron est patente dans cet ouvrage (remarquable de bout en bout néanmoins)  ; ricanement qui proviendra de ce que ces lignes sont écrites au temps du socialisme rééllement existant (63 et 76) et que des inepties du genre "il est probable qu'il n'y aura plus jamais de crises" (car régulation du capitalisme, Aron le libéral verrait le dogme de la concurrence libre et non-faussée triompher comme il le fait actuellement, je ne suis pas certain qu'il serait libéral).
L'anecdote amusante : à partir de son exposé de la pensée de Marx il dit à un moment sur le capitalisme "Puisque l'économique est défini, non par la recherche de richesse, mais par la recherche de valeur ou de plus-value, l'enrichissement est le sous-produit de la recherche de plus-value. Autrement dit, le capitalisme, vu par Marx, est le régime où tout le monde est en quête de valeur, de plus-value, de profit, et où le progrès technique est le sous-produit de cette recherche.[...] Pour retrouver la même idée à un niveau primitif d'expression, il suffirait de relire le dernier texte de Staline [...]" (dans la pravda des 3 et 4 octobre 1952 : Les problèmes économiques du socialisme en URSS)
Commentaire n°6 posté par Jean-Michel Pascal le 28/08/2009 à 19h55
Commentaire n°7 posté par gilles questiaux le 15/09/2009 à 23h03
J'ai commencé à lire ce bouquin.
Il a des côtés intéressants, le côté encyclopédique genre cours universitaire ne me déplaît pas car il donne 1 foule de références et de citations, assez éclectiques. Chacun y retrouvera ses petits.
Assez d'accord sur la critique qu'ils font à la notion d'information telle qu'elle est développée par Castells et Boccara (et la direction du PCF).
Mais il y a d'autres passages moins scientifiques et qui tendent à justifier une position politique préétablie (et réformiste): confusion entre la place objective des travailleurs employés dans les services et leur expression politique subjective (genre vote à gauche mais sans se poser la question de quelle gauche).
Sur ce dernier point je distinguerais 3 secteurs de travailleurs des services:
-ceux (ex centres d'appel, la plupart des employés de commerce) dont les conditions d'exploitation sont proches de ceux des ouvriers d'industrie (effort physique mis à part)
-ceux qui vivent de la plus-value extorquée aux prolétaires (de toutes sortes), c'est le cas de pas mal de cadres moyens et supérieurs (y compris quand ils votent à gauche!!!), dont le revenu est supérieur à la subsistance et à l'entretien de la force de travail, ce qui leur permet entre autres de spéculer en bourse et dans l'immobilier, et d'employer de "nouveaux domestiques"
-les nouveaux domestiques ("services à la personne") dont la place dans la production et les conditions de travail relèvent plus de rapports sociaux précapitalistes que capitalistes, une sorte de sous-prolétariat, certes exploité mais difficile à organiser contre la bourgeoisie
Commentaire n°8 posté par jojo le 16/09/2009 à 13h39
@ jojo : je ne rentrerai pas dans le classement que tu fais des salariés des services.

Par contre, il y a deux points qui me chagrinent. Peut-être ne s'agit-il que de formulations rapides de ta part qui ne correspondent pas à tes idées :

Premier point : quand tu compares la première catégorie aux ouvriers "effort physique mis à part". C'est une vilaine idée qui traine chez de nombreux militants ouvriers : le travail de "bureau" n'est pas fatiguant donc les services ne sont pas fatiguants. Il faudrait poser la question aux manutentionnaires des GMS ou des magasins d'ameublement, aux postiers, aux infirmières et médecins hospitaliers, aux instits avec 30 gamins de 8 h 30 jusqu'à 18 h 30 (voir plus avec le soutien) et même aux cadres tenus par des délais pour clore un dossier et qui ramènent leurs dossiers chez eux (pour ne prendre que quelques exemples).

Deuxième point, le cadre ne vit pas forcément "de la plus-value extorquée aux prolétaires" ! Tu confonds cadre et garde-chiourme (tels certains contremaîtres dans les ateliers) : où as-tu vu que les entreprises capitalistes, complètement axées sur la rentabilité maximum, entretiendraient une armée de cadres qui ne rapporteraient rien ? Si l'encadrement s'est tellement développé, comme les Services, c'est que le Capital y trouve un intérêt financier !

L'une des erreurs de certains militants communistes dans les années 70 et 80 est effectivement d'avoir minimisé le développement des services et d'avoir considéré les cadres et ingénieurs comme des jaunes plus proches du patronat que des ouvriers. J'ai même entendu un "parfait militant communiste", bien dans la ligne en 92-93 dénigrer les fonctionnaires !

Attention ! Je précise bien que ce n'est probablement pas l'idée de Jojo !

Mais il faut faire attention aux termes.

Les services regroupent des métiers extrêmement variables dont beaucoup requièrent des qualifications donc des études élevées et qui génèrent chez les salariés des services autant de fatigue et de maladies chroniques que chez les ouvriers.
La fatigue est autant physique (activité professionnelle + transports) qu'intélectuelle (Réfléchir fatigue !) Pour la santé, il ne s'agit plus de silicose des mineurs mais de maladies dues au stress (les cas de suicides chez France-Télécom en sont une tragique illustration), à l'ergonomie du poste de travail (vue, dos, tendinites des caissières,...) ou à l'exposition à des polluants particuliers (solvants en laboratoires, colles, encres, ...), etc...

Le problème des Services est de rendre visible la plus-value des salariés dans un contexte d'atomisation des sites et des professions (secrétaires, ingénieurs, techniciens, cadres répartis dans différents services,...).

Les salariés des Services sont aussi des prolétaires qui vendent leur force de travail au Capital pour se nourrir. Y compris les cadres.
Commentaire n°9 posté par Eric RUIZ le 16/09/2009 à 14h24
Il est absurde de vouloir prétendre que tous les cadres et "employés de services" sont exploités et que le Capital tire une plus-value de leur travail.
C'est sans doute l'aspect le moins scientifique du bouquin des Delaunay qui se refuse, presque au nom de bons sentiments, à faire la différence au sein de l'agglomérat "cadres et employés de services".
Fonctionnaire renvoie à un Statut (qui apporte un certain nombre de garanties et de devoirs) et non à 1 classe sociale. Certains (et probablement de + en + ces dernières années de fuite en avant dans la financiarisation) sont directement au service du patronat et ne sont pas des prolétaires au sens où leurs revenus sont supérieurs de beaucoup à l'entretien de leur force de travail et à la reproduction de leur famille.
D'autres sont des ouvriers et employés, qui se distingue du privé uniquement par 1 Statut en général plus protecteur.
Et la plupart sont des petits bourgeois, mi-exploiteurs, mi-exploités, dont le propre est d'osciller (et pas seulement pendant les périodes de crise, entre les 2 classes fondamentales.
C'est 1 des aspects les plus crtiquables du bouquin des Delaunay de vouloir à tout prix faire sortir de la petite bourgeoisie (qui ne se compose pas que de boutiquiers) certaines catégories de salariés. Et cela dans un but ouvertement politique, et non dans 1 souci de précision scientifique.  
Commentaire n°10 posté par jojo53 le 16/09/2009 à 17h02
Entretenir 1 armée de cadres parasites est certainement impossible en Inde ou au Brésil ou au Laos, pays dominés par l'impérialisme.
Mais c'est possible en France, en Allemagne, au Japon, sur la base de l'extorsion d'une plus-value au niveau mondial.
Cela permet aussi de corrompre certaines couches de la classe ouvrière (cf la théorie de l'aristocratie ouvrière de Lénine "L'Impérialisme, stade suprême").
Commentaire n°11 posté par jojo53 le 16/09/2009 à 17h06
Des parasites ?

ça va faire du monde à zigouiller le jour de la Révolution ! !

Qui va faire la liste des fonctions parasites ?...

Médecin hospitalier : parasite ou non ?
Fonctionnaire de catégorie A et B des impôts ? Ah ? Hésitation ?
Cadre des banques et organismes de crédit ?
Contractuelle ?
Prostituée ?
Cadre technique chez Renault ?
Chercheur ?....

Evidemment qu'il y a des cadres qui profitent largement du système (traders, cadres sup ++ des grosses boîtes, etc...) mais cela ne représente qu'une minorité de cette catégorie.

Et, par rapport au Laos et à l'Inde, tu te gourres ! La présence de cadres et ingénieurs n'a rien à voir avec la richesse des capitalistes mais avec le développement des services ! Un pays agricole n'a pas besoin de cadres en dehors de son appareil d'Etat et l'Inde (renseigne-toi !) développe énormément ses services (à commencer par la R&D) donc son encadrement : téléphonie, automobile, secteur pharmaceutique et chimique, ...

Enfin, considérer que quelqu'un qui gagne plus que le salaire d'un ouvrier est un petit bourgeois et un parasite c'est une analyse digne des années 30 ou de l'ère Pol Pot !

Avec Bac + 5, je dois être sur ta liste ?
Commentaire n°12 posté par Eric RUIZ le 16/09/2009 à 18h14

ah ah, voilà une discussion intéressante! personnellement j'y connais rien de rien en théorie marxiste, je ne sais pas si je suis une ennemie de la classe ouvrière ou tout simplement du côté de la bourgeoisie de part mon bac +5 (comme Eric) mais je peux vous livrer ma petite expérience: je suis actuellement doctorante + salariée à mi temps dans un lycée, je suis ce qu'on appelle une "assitante pédagogique", c'est-à-dire que j'aide dans leurs devoirs des gamins quasiment touts issus d'un milieu très populaire, qui rencontrent des difficultés à l'école. J'ai réussi à "ramasser" mes heures sur deux jours, ce qui me laisse du temps pour bosser sur ma thèse y compris le samedi et le dimanche. Les jours où je travaille, je fais 9h et 7h30 dans la journée, ce qui est peu comparé à d'autres métiers (comme l'artisan, qui ne compte pas ses heures, par exemple), mais fatiguant quand même, car d'une les gamins ne sont pas de tout repos, et de deux, comme le dit fort justement Eric, réfléchir ça mobilise pas mal d'énergie. Sans compter que le temps passé dans les transports (je bosse assez loin de chez moi) fait que le vendredi soir je suis HS (et le lendemain je "bosse" en bibli toute la journée, de 9h à 20h, pareil les lundi, mardi et mercredi). Tout ça pour une rémunération inférieure à 600 euros par mois. Mais je ne me plains pas, car j'adore mon taff, aider les élèves est stimulant et gratifiant, surtout quand ils ramènent de bonnes notes, ou bien qu'ils ont enfin compris un cours...Les petits boulots payés en chèque emploi service, je connais aussi, j'ai bossé trois ans pour un couple de bobo, je gardais leur enfant, et je peux vous assurer que les chèques emploi services c'est une des pires inventions qui soit: non seulement on "prend" le boulot à des travailleurs qualifiés (genre assitante maternelle) mais en plus il maintient le salarié dans une situation de précarité, car payés "à la tâche", sans bcp de droits....Je pourrais également vous parler du statut de vacataire de l'éduc nationale, qui n'est pas non plus du gâteau...Bref, c'est assez complexe, il ne faut pas je pense mettre les travailleurs dans des cases... Il y a une multiplicité de précaires qui peuvent je pense rejoindre la catégorie des exploités. Et Jojo a raison quand il dit que ces personnes, isolées, peuvent difficilement s'organiser, mais l'instinct de classe est là, la conscience d'être exploité aussi. Simplement le PCF doit s'adresser aussi à ces gens là, au lieu de tenir des discours creux sur "la gauche", ou pire, "le peuple de gauche".

Je pourrais également vous parler du statut des atisans, très complexe, car ce sont des ouvriers possédant leur outil de production, mais en même temps, soumis à des contraintes de rendement imposés par la clientèle (grosse ou petite industrie). Doivent-ils être considérés comme étant "du côté du patronat"? (ne riez pas, je l'ai entendu de la bouche d'un mec du NPA). Mais ça c'est une autre affaire....

Commentaire n°13 posté par A le 16/09/2009 à 19h28
"Rendez-nous la petite bourgeoisie" ai-je envie de dire après avoir lu le bouquin des Delaunay!!!
Et pourtant elle existe et elle parasite (du moins peut-être jusqu'à la crise de l'année dernière).
En France c'étaient 5 à 7 millions (depuis le tournant des années 80 et le "Vive la crise" d'Y Montand) de petits actionnaires, détenteurs de SICAV, Assurance-vie.
Sans compter l'explosion du crédit, de la pub et autres dircoms.
La fin du bouquin (sur la Nation) est mieux mais ne peut faire oublier la profession de foi révisionniste p.426 où il est écrit que la classe ouvrière n'a plus de rôle historique et qu'elle est remplacée par le "salariat", comme si ce dernier était 1 classe.
Commentaire n°14 posté par jojo53 le 18/09/2009 à 10h00
Je n'ai pas lu le bouquin et je n'en ai ni le temps ni l'envie. je ne le défends donc pas.

Par contre, Jojo53, je crois que tu confonds parasitisme et intégration au système.

Il y a d'un côté ceux qui profitent réellement et à grande échelle du système : les capitalistes et leurs séides (politiciens, cadres dirigeants, traders,...). ils savent pertinemment ce qu'ils font.

De l'autre, il ya, que tu le veuilles ou non, l'ensemble des travailleurs qui doit vendre sa force de travail pour vivre. Ce travail peut-être physique ou intellectuel, peu importe. Et même dans la pub !
Et chez ces travailleurs, une partie (par forcément que des "cadres") gagne suffisament sa vie pour économiser un peu. Ceux-là mettent cet argent sur toute une série de "placements" rémunérateurs. Il y a le livret A, par exemple. Mais aussi les PEL, les CEL, les ex-CODEVI,... D'autres ont recours au crédit. Tu mélange tout ça avec les portefeuilles en actions ! !

D'autre part, tes chiffres tiennent-ils compte des entreprises qui "donnent" des actions à leurs salariés à l'embauche ? Ce sont des salariés actionnaires involontaires.

D'autre part, considéré qu'un salarié qui contracte une assurance-vie pour préserver sa famille en cas de décès est un parasite est vraiment honteux ! La grande majorité des contractants de ce genre de contrats a réfléchi d'abord à sa famille et ne sait même pas comment ça marche !

L'apparition, dans le cadre du capitalisme financier, de systèmes proposés aux salariés leur permettant non pas de s'enrichir mais de ne pas perdre sur la valeur de leurs économies (inflation versus taux d'intérêts) a permis au système capitaliste d'intégrer une partie des revenus du travail à son propre service. Car au final, même sur un PEL ou un CODEVI, c'est la banque qui fait les bénéfices !

Les salariés qui ont mis quelques centaines ou quelques milliers d'euros sur un Livret ou une assurance-vie ne peuvent pas être comparés aux Rotschild, Bolloré, Bouyghes, Arnaud et autres Bettencourt.

Le distingo entre classes ne se situe pas sur la seule base des revenus mais essentiellement sur la distinction Capital/Travail. Les cadres et ingénieurs ne font pas partie de la classe ouvrière ? Je ne sais pas. En tout cas, leurs intérêts sont convergents avec ceux de la classe ouvrière.

Dans les années 50, le Parti était assez intélligent pour s'adresser à des métiers non salariés en ce sens (artisans et commerçants). Aujourd'hui, on devrait tirer sur tout ceux qui ont trois sous d'économies ? Où va t-on ?
Commentaire n°15 posté par Eric RUIZ le 18/09/2009 à 11h27
Le livre des Delaunay, bien que long mérite d'être lu, car d'abord il est écrit en une prose accessible aux non spécialistes (comme moi), ensuite parce qu'il est construit dans la confrontation avec l'actualité intellectuelle, il est fait pour plus de moitié d'analyses d'autres théorie ou livres, y compris de classiques de la sociologie (Weber) et de l'économie. J'en recommande donc vigoureusement la lecture, independament de la question des "services", où je ne suis pas complètement d'accord avec leur analyse.
Commentaire n°16 posté par gilles questiaux le 18/09/2009 à 12h23
On peut trouver intérêt au contenu d'1 bouquin sans apprécier la perspective politique qui le sous-tend.
Le bouquin en question a 1 côté cours universitaire avec 1 abondante bibliographie (d'auteurs dont les théories sont plus évoquées, citées que toujours soumises à analyse et critique). Il a évidemment 1 intérêt pour mettre à jour ses connaissances, plus dans la sociologie (il y a des passages entiers qui citent des tableaux statistiques) que dans l'économie-même si la critique du CME et l'essai de définition d'1 CMF est intéressante.
Enfin, effectivement, les auteurs semblent ne pas se préoccuper de la façon dont le CME/CMF a réussi à intégrer à sa défense des couches moyennes bien plus larges que la haute bourgeoisie et des mécanismes concrets du maintien de la domination politique, idéologique et économique de celle-ci.
Si le gros de la petite bourgeoisie avait compris qu'elle a intérêt à s'allier avec les classes les + exploitées-dont la classe ouvrière et à la révolution prolétarienne, cela ferait belle lurette que celle-ci aurait eu lieu.
Or cela n'a pas été le cas, et depuis l'apparition du CME (années 60) le mouvement ouvrier et les perspectives progressistes ont plutôt régressé. Ce qui ne peut s'expliquer par le seul facteur subjectif (trahison des partis ouvriers, socialistes, communistes). 
Commentaire n°17 posté par jojo53 le 18/09/2009 à 14h04
Le bouquin de Fabienne Brutus (paru au livre de poche) vaut bien tous les bouquins de sociologie pour comprendre le parasitisme et le rôle qu'on fait jouer à certains petits cadres:

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=25491
Commentaire n°18 posté par jojo53 le 18/09/2009 à 14h41
Plus d'économie, moins de sociologie:

http://www.erudit.org/revue/ae/1998/v74/n2/602261ar.pdf
Commentaire n°19 posté par jojo53 le 18/09/2009 à 14h49

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