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Publié le 17 février 2008. Commentaire sur une invitation des éditions Agone. GQ
Jacques Bouveresse professeur au collège de France est l'introducteur de ce coté ci de l'Océan voici déjà longtemps de la philosphie analytique (c'est à dire d'une forme de
positivisme populaire dans les campus américains). Sa culture philosphique, logique et scientifique est incontestable, mais il peut être extrêmement ennuyeux aussi dans ses cours d'après-midi. Je
me suis endormi au moins trois fois en cherchant à savoir s'il y avait quelque chose à sauver dans son épistémologie qui tente de faire disparaitre du champ intellectuel et des bibliographies
Lénine, Althusser, Lecourt, Raymond et même Bachelard et Canguilhem. Mais je lui dois la découverte de Lakatos, le philosophe des sciences d'Oxford, formé par le léninisme, et la remise en cause de
postmodernes gauchistes comme l'ancien nazi Feyerhabend (pour une théorie anarchiste de la connaissance) et de cette grande autorité surévaluée, Thomas Kuhn ( auteur de La structure des
révolutions scientifiques, où il a inventé le pseudo-concept le plus usité au monde, le "paradigme") et d'autres relativistes envahissant le champ intellectuel, et je l'en remercie.
Son esprit critique envers les mandarins ne lui vient pas pourtant d'une bonne théorie sociologique de la connaissance mais d'une affinité de son destin social avec celui de Bourdieu, comme lui
d'origine populaire, qui le conduit à ne pas aimer les normaliens grand bourgeois, surtout quand ils sont d'extrême gauche. Il ne pouvait pas supporter Althusser notamment.
En ce moment Bouveresse cherche à déterminer quelle espèce de vérité se trouve dans la littérature, pour tarir à leur source les mystifications postmodernes et l'usage débridé des métaphores qui
fait une bonne partie de la pensée de Derrida, Deleuze, et même Foucault. On dirait qu'il a oublié la leçon universelle de l'Idéologie allemande de Marx et qu'il croit à nouveau que ce
sont les idées qui font l'histoire. C'est d'ailleurs un avachissement de la théorie qui est très courant dans les interventions universitaires actuelles.
Il tente aussi de se jouer le rôle d'intellectuel critique dans la succession de Bourdieu, avec peu de raison. Parce que si on veut jouer un rôle historique, même dans l'altermondialisme qui n'est
pas très exigeant là-dessus non plus, il faut au moins y croire. Et il semble bien que l'histoire n'ait aucune place dans le système de pensée développé par Bouveresse. A la question que je lui ai
posée à la fin de son cours, "comment situez-vous entre les deux vérités dont vous parlez, la plus essentielle à mon avis qui est la vérité historique, quel est pour vous son statut?", il m'a
répondu en substance que ça suffisait comme ça (comme si j'étais un provocateur), que l'histoire c'est des faits objectifs, que si on va par là on n'aura rien à objecter à ceux qui disent que les
chambres à gaz n'ont pas existé, etc. Donc Bouveresse pose le faux problème du vrai en littérature pour ne pas poser le vrai, celui de la vérité historique, qui effectivement est insoluble pour
ceux qui pratiquent la dénégation de la science historique, dont la seule forme qui se soit effectivement développée dans la théorie est le marxisme.
C'est l'ancien disciple d'Althusser, Jacques Rancière, qui pose bien le problème du statut de l'histoire, même s'il lui manque maintenant la volonté révolutionnaire pour être complètement
scientifique. Non que le marxisme soit une collection de propositions toutes exactes, mais il s'agit bien de l'aboutissement de la pensée rationnelle confrontée à l'histoire, qui n'a fait que
reculer ou tourner en rond depuis. Cet aboutissement est en même temps la ruine de la bourgeoisie et de ses catégories non-dialectiques, de son dogme de l'individualisme méthodologique dans les
sciences de l'homme. Et voilà pourquoi, un peu comme son maître à penser Robert Musil, grand écrivain mais piètre témoin historique (Wittgenstein, lui au moins, il a voulu aller y vivre, en URSS!),
Bouveresse croit que c'est toujours la même histoire.
article sur Carlo Ginzburg
Mieux vaut en effet pour la critique des relativistes postmodernes et des révisionnistes lire Carlo Ginzburg. Car Ginzburg a conscience du problème de la vérité en histoire et de celui posé par les
liens de l'histoire et de la littérature.
Réponse à GQ sur Jacques Rancière et l'historien Noiriel
Jacques Rancière et l'histoire
(GQ)
le carton des éditions Agone :
Jacques Bouveresse
*La Connaissance de l'ecrivain*
Sur la litterature, la verite & la vie
Les postmodernes ont erige la litterature en une sorte de genre supreme, dont la philosophie et la science ne seraient que des especes. Chacune des trois disciplines aurait aussi peu de rapport
avec la verite que les autres; chacune se preoccuperait uniquement d’inventer de bonnes histoires, que nous honorons parfois du titre de "verites" uniquement pour signifier qu'elles nous aident a
resoudre les problemes que nous avons avec le monde et avec les autres hommes.
Une des consequences les plus remarquables de cette conception a ete de detourner l'attention de la question cruciale: pourquoi avons-nous besoin de la litterature, en plus de la
science et de la philosophie, pour nous aider a resoudre certains de nos problemes? Et qu'est-ce qui fait exactement la specificite de la litterature, consideree comme une voie d'acces, qui ne
pourrait etre remplacee par aucune autre, a la connaissance et a la verite?
L'histoire? Connais pas!
Quelle sorte de savoir trouve-t-on dans un roman, que ni la vie quotidienne ni une etude scientifique ne nous communiquent? En quel sens peut-on parler de verite en litterature? Quels rapports y
a-t-il entre la forme d'une oeuvre et la connaissance qu'elle nous procure?
Professeur au College de France, Jacques Bouveresse a publie de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des ecrivains comme Musil et Kraus. Convaincu
que la litterature, autant que les sciences, merite une philosophie exacte, il croise ici les reflexions de philosophes contemporains, comme Putnam et Nussbaum
(on
dirait qu'il vient de les inventer!) avec celles de Zola, Henry James et Proust.
Collection "Banc d'essais"
Format 12*21 cm
224 pages, 22 euros
ISBN : 978-2-7489-0082-8
En librairie le 15 fevrier 2008
http://atheles.org/agone/bancdessais/laconnaissancedelecrivain/
Par Réveil Communiste
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Publié dans : Théorie immédiate
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